9.5 e) La fausse radicalité et le fantasme de guerre civile

Outrance n’est pas radicalité. L’outrance n’a d’ailleurs souvent pas de ligne politique, ce qui fait qu’elle est stérile. Elle vient souvent d’un désœuvrement idéologique, de la faiblesse d’une ligne qui a besoin d’être compensée par des discours qui font du bruit.

La fausse radicalité pullule au sein de la fausse droite. En l’absence de projet politique radical et cohérent, les politiciens et influenceurs de la fausse droite n’ont plus que les déclarations énervées et crétines pour se donner une image musclée.

Dans la fausse droite, la radicalité est confondue avec l’agressivité stérile, qui ressert le même contenu tiède. Quand ils veulent se radicaliser, ils prennent les mêmes idées complètement tièdes avec un langage excité, des codes paramilitaires, des tirades grandiloquentes et des caricatures qui ne ridiculisent que leurs auteurs.

La déshumanisation des étrangers et leur hyper-diabolisation, en plus d’être stupide, cultivent des lignes fragiles qui s’effondrent au premier non-blanc sympa venu, et il y en a énormément.

La rhétorique de la « guerre civile » fait partie de cette outrance stérile. Ceux qui agitent le spectre de la guerre civile ne proposent aucun projet cohérent et fort pour relever l’Occident. Ils ne font que se vautrer dans la mythomanie paramilitaire et desservir la cause de la remigration. Agiter la menace de guerre civile aboutit systématiquement aux effets inverses aux objectifs annoncés :

Au lieu de lutter contre l’islam, la rhétorique de la guerre civile fait le jeu des islamistes, en dépeignant — dans une imagerie qui frôle l’homoérotisme — les musulmans comme des guerriers invincibles toujours prêts à brandir le glaive ;

Au lieu de « réveiller le peuple », de lui ouvrir les yeux sur « les dangers qui le guettent », la rhétorique de la guerre civile pousse les gens à ne pas prendre au sérieux les avertissements de ceux qui tentent d’alerter sur l’islamisation et le remplacement ethnique. Celui qui s’amuse chaque jour à crier au loup s’assure que plus personne ne l’écoute le jour où le loup se présente réellement.

Personne de sain d’esprit n’aime macérer avec des cinglés paranoïaques animés d’une telle fascination morbide pour la violence qu’on a l’impression qu’ils désirent au fond d’eux le bain de sang. Personne de sensé ne prend au sérieux l’excité qui dit que la guerre civile est pour demain, quand ce même excité se plante chaque année depuis 30 ans en annonçant à chaque fois la guerre civile pour l’année suivante.

Au lieu de motiver le peuple à se battre pour l’Occident, la rhétorique de la guerre civile est une arme de démoralisation qui pousse à vivre comme un rat terré dans un bunker, tandis que nos ennemis, eux, marchent tête haute, font des affaires, réussissent professionnellement, s’expriment à travers l’art, dans les médias et les sciences sociales, et pèsent dans la société. L’obsession de la guerre civile pousse à perdre tout espoir, tandis que nos ennemis, forts de leur insouciance, avancent parce qu’ils sont persuadés que l’avenir leur appartient.