9.5 c) Le souverainisme bourgeois nationaliste

La ligne souverainiste, qui mêle figures conservatrices et gauchistes, se présente comme l’antidote à tout un fatras de problèmes divers désignés comme autant d’« effets délétères de la mondialisation débridée », parmi lesquels l’immigration, l’insécurité et le chômage. Mais de quel souverainisme parle-t-on ? Le souverainisme de qui ? Derrière les formules vagues sur la souveraineté des États, sur la « nécessité de rétablir des frontières », qui doit pour eux être souverain ? Qui est censé gouverner selon eux, en lieu et place des « technocrates de Bruxelles » ou de « l’oligarchie » ? La réponse est évidente : les bourgeoisies nationales.

Les souverainistes exploitent le sentiment patriotique pour servir leurs intérêts bourgeois nationaux, de même qu’on se sert de ce sentiment pour envoyer des gens dans des conflits pas toujours géniaux. C’est le chantage patriotique : les bourgeois se drapent dans les couleurs de la nation, et vont qualifier de traîtres et de mondialistes tous ceux qui ne les suivent pas.

Les souverainistes prétendent défendre « la souveraineté du peuple » tout en œuvrant activement à la criminalisation des opposants au remplacement ethnique.

Le localisme, qu’il soit à l’échelle départementale, régionale, nationale ou internationale, est toujours porté par des bourgeois qui se savent bien placés à cette échelle-là. Le bourgeois dont le réseau se limite à une région sera un régionaliste plus ou moins indépendantiste. Le bourgeois dont le réseau se limite au national sera un nationaliste. Le bourgeois dont le réseau est mondial sera un mondialiste.

Le prolétaire ne doit jamais écouter les arguments de bourgeois qui sont simplement frustrés de ne pas monopoliser avec leur réseau personnel la planche à billets et les avantages énormes que les réseaux de pouvoir leur procurent quand la souveraineté est exercée à leur échelle.

Le souverainisme consiste à dire que tous nos problèmes proviennent de Bruxelles, de la BCE, du FMI, de l’OTAN ou toute autre organisation supranationale, et que tout irait mieux si toutes les décisions se prenaient uniquement au niveau des États.

Le prolétariat a, lui, tout intérêt à ne pas rester enfermé dans des sphères étroites de pouvoir. Généralement, en-dehors des cas d’occupation par un autre peuple, plus le pouvoir est local, plus l’individu est opprimé et humilié. En témoigne le sous-peuple médiéval des cagots, qui a trouvé comme libérateur le pouvoir royal là où les dominants locaux avaient un intérêt certain à l’opprimer pour asseoir leur pouvoir local.

En éloignant le pouvoir des bourgeoisies locales nationales, le prolétariat doit faire mourir ces bourgeoisies de leur soif de privilèges. Plutôt les États-Unis d’Europe que l’Europe des nations bourgeoises.