9.4 f) Le populisme démagogique

Le problème du populisme, c’est que lorsqu’on cherche le dénominateur commun d’une foule, on finit toujours avec une bouillie mi-gauchiste, mi-conservatrice.

Les bourgeois conservateurs sont fascinés par l’idée d’un « grand mouvement populaire », ils se rêvent à la tête du même peuple qui les a renversés de son dos dès qu’il a pu le faire. Les bourgeois conservateurs se persuadent que des élites malveillantes les auraient coupés de leur peuple et du « pays réel », parce qu’ils ne veulent pas croire que les européens les ont abandonnés dès qu’ils en ont eu l’occasion.

C’est ainsi qu’on finit avec une bourgeoisie conservatrice qui rêve encore plus au grand soir que les communistes, en décalage complet avec son époque et les préoccupations du peuple.

Le populisme est par essence une forme de malhonnêteté intellectuelle : les populistes prétendent n’être que « la voix du peuple », de manière à faire de la politique en se prétendant apolitiques, à mettre en œuvre une idéologie sans jamais la nommer. Il n’existe pas de « volonté populaire » totalement spontanée. Les « aspirations du peuple », comme les slogans de manifestation, sont toujours façonnées par diverses idéologies et il existe toujours des antagonismes politiques au sein d’une même population.

Il est profondément malhonnête, quand on exerce la politique pour métier, quand on fait partie de l’élite qui dispose de l’argent, du temps et d’un niveau culturel qui permettent de se consacrer à la politique, de ne pas proposer de projet novateur aux électeurs, de les laisser croupir dans les mêmes radotages, pour ensuite venir prétendre que la synthèse de ces radotages constituerait « la volonté populaire ».

L’avis populaire change. S’adapter à cet avis passager sans le guider, c’est se laisser entraîner par l’inertie de l’avis populaire. L’idéologie consiste à guider le peuple, à lui proposer un projet digne de ce nom, là où le parasitage démagogique consiste à instrumentaliser l’avis du peuple pour faire du surplace.

Le populisme démagogique permet aux bourgeois de s’assurer que le prolétariat reste bien bête en flattant chacune de ses mauvaises intuitions, chacun de ses combats stériles, chacun de ses caprices et chacun de ses mirages. Rien de grand n’aurait été accompli en Occident si l’on avait écouté exclusivement les réticences et les besoins immédiats du peuple.

Ceux qui prétendent que la solution à nos problèmes est de gouverner par référendum veulent se faire élire sans avoir à assumer un programme clair, sans défendre un projet tranché, sans offrir une vision cohérente pour l’avenir.