9.4 c) Le collapsisme messianique

Le collapsisme désigne l’idéologie qui place en priorité absolue la préparation individuelle à un effondrement éventuel. Le collapsisme est une forme de refus infantile de toute solution politique. Ce collapsisme prend le plus souvent racine dans la croyance que la seule issue possible à une crise (bulle économique, « décadence », monde politique sclérosé…) est l’effondrement général de la société. Le collapsiste croit qu’une société recréée sur les cendres du système qu’il dénonce aura toujours des bases plus saines du simple fait que ses fondateurs auront connu l’effondrement, telle une illumination. Les collapsistes se réclament de manière obsessionnelle de la « dure réalité », du pragmatisme, du « retour au réel », ils accumulent les chiffres, les raisonnements, les documents censés démontrer que l’effondrement est imminent, pour donner une consistance hyper-rationnelle à leur fantasme. Mais ce fantasme est une croyance d’ordre religieux : l’effondrement qu’ils attendent, c’est le rêve d’une apocalypse, c’est-à-dire d’une révélation, au sens étymologique grec du mot. C’est littéralement croire qu’une grande catastrophe meurtrière permettra un grand moment de vérité. L’effondrement dont ils prétendent seulement nous avertir est finalement leur plus grand désir.

Le collapsisme peut mener à une posture de préparation passive et individualiste (le survivalisme), ou à un esprit de sabotage actif voire sacrificiel (l’accélérationnisme). Les survivalistes vivent dans l’envie de faire partie d’une petite élite de citoyens malins qui se seront discrètement préparés à l’effondrement, qui seront parmi les rares à survivre ou qui feront partie d’un monde aux cartes rebattues, dans lequel la hiérarchie sociale aura été bousculée par la révélation de l’effondrement. Les accélérationnistes se plaisent à penser que plus tôt le système explosera, mieux ce sera, ce qui leur permet de se sentir utiles en commettant des actes de sabotage insignifiants, ou de donner un vernis altruiste et sacrificiel à un attentat, dans la version la plus rare et la plus radicale de l’idéologie collapsiste.

Les collapsistes sont donc des gens qui ont choisi de ne rien faire au service des autres, voire de leur nuire, et de se sentir supérieurs pour ça.