9.4 a) L’apolitisme de renonciation

Les prolétaires blancs se croient souvent apolitisés pour la seule raison qu’ils ne s’identifient à aucune offre politique existante. Une proportion élevée d’apolitiques est le symptôme flagrant d’une vie politique malade à force de tourner en vase clos.

L’apolitique se croit électron libre et éclectique alors qu’il n’est rien d’autre que le produit de lobbyings et de propagandes intensives. Le but ultime de n’importe quel propagandiste politique est de donner l’apparence d’une évidence absolue à l’idéologie qu’il veut promouvoir. Son but, c’est de transformer sa vision politique du monde en opinion par défaut chez le citoyen lambda. L’apolitisme, c’est consentir à être manipulé par tous les propagandistes. C’est le refus des efforts, l’abandon de l’esprit critique, et la renonciation à assumer des opinions controversées en public, pour, à la place, présenter sa tête comme un réceptacle ouvert et offrir son cerveau sur un plateau à tous les dominants et à tous les idéologues.

L’apolitique se laisse charrier par les courants politiques comme un poisson mort. Les opinions « apolitiques » qu’il énonce sont en fait toujours une expression de l’opinion politique dominante du moment. Si la domination est gauchiste, l’apolitique est gauchiste sans même le savoir. Il est le pantin des professionnels de la politique, celui que les sphères d’influence s’arrachent, parce qu’il sert à normaliser l’idéologie qu’il recrache.

La plupart du temps, les gens ne se rendent même pas compte qu’ils recrachent des éléments de langage préfabriqués, qu’ils répètent un discours activiste très huilé qu’ils ont maintes fois entendu à la radio, à la télévision, sur les réseaux sociaux, dans la presse, dans la bouche de leurs amis, collègues, connaissances, qui répètent eux aussi le discours dominant sans davantage s’en rendre compte. Les discours répétés par les « apolitiques » sont le bout de la chaîne de propagande des plus grosses organisations politiques en place : fabrication d’un paradigme et d’un lexique par un organe idéologique, élaboration d’une stratégie de propagande, conception de rhétoriques variées à destination de publics divers, recrutement de porte-voix, mise en place de chambres d’échos et de relais médiatiques importants.

Il arrive même souvent que des groupuscules radicaux sans moyens ni relais parviennent à déverser leur credo dans la tête des apolitiques, pourvu qu’ils campent sur un sujet marginal dont ils sont les seuls à parler.

L’homme est un animal politique, et la politique dépasse très largement le fait électoral. L’apolitisme est un leurre, une fausse indépendance et une vraie lâcheté.