9.3 c) Le libéralisme économique négationniste des sciences sociales

Le libéralisme doit impérativement être mis à jour par les découvertes de la sociologie et de l’analyse des rapports de domination dans la société. La plus grave faute commise par la plupart des « libéraux », c’est qu’ils se focalisent exclusivement sur les dérives liberticides de l’étatisme, et, ce faisant, ils nient que des groupes informels sont souvent bien plus oppressifs que l’État, et qu’il n’y a pas plus liberticide et anti-individualiste que d’abandonner l’individu à son sort, sans aide ni garantie face à de puissants groupes organisés pour l’opprimer et l’exploiter.

Rien n’est plus ridicule qu’un libéralisme négationniste de la sociologie et de l’étude des rapports de domination au XXIe siècle Au nom de quoi devrions-nous nous priver d’outils d’analyse aiguisés permettant d’étudier rationnellement des phénomènes sociaux ? Le fait que des idéologues d’extrême gauche aient fait des sciences sociales leur chasse gardée pour donner une consistance pseudo-scientifique à leurs élucubrations ne disqualifie pas les sciences sociales. Cela rend au contraire plus impardonnable encore la démission des libéraux, qui ont laissé les ennemis des libertés s’approprier intégralement cet outil de compréhension du réel.

Les libéraux sont trop souvent tentés par le fantasme minarchiste consistant à s’imaginer que moins d’État et moins de réglementation conduirait toujours à une augmentation des libertés, parce qu’ils sont des négationnistes des sciences sociales qui refusent de voir combien tout groupe humain autre qu’un État peut tout aussi bien générer des oppressions.

C’est grâce aux sciences sociales qu’on a pu comprendre que même des institutions censées être des havres de bienveillance pouvaient se constituer en cadre d’oppression, et ce, même quand les individus qui composent ces groupes ne sont pas malveillants. Les maltraitances médicales ou les violences obstétricales en sont de bons exemples. Si l’État ne met pas en place une culture du consentement dans les hôpitaux, ne promulgue pas de loi qui caractérise en délit le fait de pratiquer un acte médical quand un patient s’y oppose, et qu’un personnel médical dysfonctionnel, malveillant ou incompétent vous fait subir des actes préjudiciables contre votre volonté, comment allez-vous faire ? Quels sont vos recours ?

Le libéralisme trahit la cause des libertés individuelles quand il s’échine à réduire tout constat d’une atteinte à l’individu par une institution ou un groupe informel à de simples problèmes interpersonnels que chacun devrait s’efforcer de régler à sa seule échelle individuelle.