8.8 Le défi de l’allongement de l’espérance de vie

Le progrès technique, médical et social a provoqué un bouleversement anthropologique : en allongeant considérablement la durée de vie, il a modifié en profondeur les rapports entre générations.

Les retraites à 60 ans ont été un progrès social fonctionnel à une époque. Aujourd’hui, l’allongement de la durée de vie le rend absurde : on paie parfois davantage quelqu’un à la retraite que pendant sa vie active, et il faudrait un baby-boom permanent pour compenser cet écart. Il est donc nécessaire de remplacer les retraites par un revenu universel plus modeste et garanti à tout européen quel que soit son âge ou ses revenus. L’urgence de réformer ce système qui ne pouvait marcher qu’à l’époque du baby-boom et du plein emploi est d’autant grande que le déséquilibre structurel du système sert d’alibi commode aux organisateurs du remplacement racial. Les partisans du remplacement racial n’ont de cesse de mettre en avant comme solution au déficit des caisses de retraites la stratégie de « l’immigration de peuplement ». Or, « l’immigration de peuplement » qu’on nous vend comme une « solution au problème démographique de l’Europe » a ravagé la qualité de vie des autochtones européens et n’a en rien résolu le problème des retraites. L’immigration de peuplement a aggravé le problème des retraites en grossissant les rangs des chômeurs et en saignant les finances publiques dans des domaines tellement nombreux que cette charge financière maquillée devient paradoxalement invisible dans la comptabilité nationale, et l’afflux toujours renouvelé de migrants extra-européens a permis aux politiques de retarder sans cesse les réformes nécessaires, en jouant la comédie d’un système qu’il suffirait de sauver par un petit coup de pouce à la démographie au moyen de l’immigration.

Ni l’immigration, ni aucune politique nataliste ne pourront jamais compenser les changements apportés par l’allongement de la durée de vie. Le revenu universel couplé à un système de retraite par capitalisation doit remplacer l’ancien système français de retraites qui saigne la jeunesse déjà fragilisée par le chômage de masse, les prêts étudiants et l’immobilier hors de prix. La recherche médicale doit permettre l’allongement de la durée de vie en bonne santé afin de juguler le problème de la dépendance de masse.

L’allongement de la durée de vie a également altéré la manière dont l’argent circule d’une génération à l’autre, ce qui modifie en profondeur la manière dont se crée la richesse. Jadis, nombreuses étaient les personnes qui touchaient un héritage entre 20 et 35 ans, c’est-à-dire durant les années les plus décisives dans l’existence des individus, les années où on se « lance » dans la vie, où on est le plus enclin à prendre des risques, à créer ou inventer des choses totalement nouvelles. Aujourd’hui, ce cas de figure ne concerne pratiquement plus personne et l’on touche généralement un héritage lorsqu’on a déjà une grande partie de sa vie derrière soi, vers 50 ou 60 ans. La précocité des héritages et l’absence de système de retraites dans l’ancien temps plaçait les parents dans une optique de transmission (des connaissances, des savoir-faire, des outils, du réseau, du patrimoine) et les jeunes dans une optique de création de richesse. C’est surtout dans la bourgeoisie que l’allongement de la durée de vie a provoqué une crise de la transmission et une déculturation. La bourgeoisie actuelle est aussi infecte que par le passé et méprise toujours autant le prolétariat, mais désormais, elle ne joue même plus le rôle de mécène et d’entrepreneur qu’elle avait jadis, car les jeunes bourgeois n’héritent plus à l’âge où on est créatif et téméraire.

Évidemment, il n’est pas question de voir l’allongement de la durée de vie de nos aînés et de nous-mêmes comme une chose négative. Seulement, cet état de fait modifie la structure de nos sociétés et nous place devant de nouveaux défis : améliorer la durée de vie en bonne santé pour remédier à la situation de dépendance massive dans laquelle se retrouvent nombre de nos aînés, modifier les modalités de transmission des richesses — notamment à travers la mise en place d’un revenu universel dès la naissance, provisionné sur un compte bancaire bloqué qui deviendrait accessible à la majorité de l’enfant — ou encore refondre entièrement le système de retraites, qui n’est aujourd’hui viable que dans le cas de figure irréaliste d’un baby-boom sans fin couplé à une croissance économique élevée et permanente.