8.7 Le revers de la sécularisation du christianisme

La sécularisation de l’Occident a permis de libérer la société et les individus de l’emprise du totalitarisme religieux. Mais l’anticléricalisme ne s’est attaqué qu’aux emprises évidentes et légales du christianisme sur nos sociétés, et non à l’idéologie profonde que ce christianisme nous a inoculée. Pendant le XIXe et le XXe siècle, les chefs du christianisme ont compris que le salut de leur religion résidait dans son abandon du pouvoir visible pour pivoter vers le contrôle sociétal, avec une branche socialiste et une branche conservatrice.

Historiquement, l’infection chrétienne s’est développée en plusieurs phases :

  • Une époque d’incubation, où le christianisme des débuts a petit à petit parasité les élites romaines, en évinçant au fil des siècles les récalcitrants, transférant ainsi progressivement la totalité du pouvoir aux plus zélés agents de christianisation ;

  • Une longue époque de règne, où le christianisme a le pouvoir sur toute la société, commençant par la pénitence de l’empereur Théodose Ier qui se soumet à l’évêque Ambroise de Milan, symbole marquant le début de la domination théocratique du divin sur le séculaire ;

  • Une époque de sociétalisation, où le christianisme séparé de l’État et coupé du pouvoir par les révolutions libérales va concentrer toutes ses forces sur le sociétal et l’éducation ;

  • Une époque de cellularisation, où le christianisme de plus en plus coupé de la société va reporter son effort de guerre sur le monde domestique, inventant notamment le mythe de la femme au foyer sans activité économique ;

  • Une époque d’intimisation, où le christianisme séparé du matrimonial va mettre toute son énergie à se laïciser, s’intérioriser et se focaliser sur la sphère de l’intime, essayant de s’immiscer dans la vie des célibataires et des homosexuels sous des prétextes psychologiques.

La sécularisation a été une excellente chose pour l’Occident, mais le risque, c’est que la sécularisation du christianisme ne devienne une pérennisation du christianisme.

Quand le pouvoir religieux était incontestable et réprimait dans le sang ceux qui s’opposaient à sa domination, il était facile de comprendre d’où venaient nos problèmes et le pilonnage perpétuel de nos libertés, de la moindre de nos conquêtes libérales. Désormais, le christianisme fait le mort. Ses dirigeants nous paraissent tellement déconnectés et dépassés qu’il est très difficile de faire comprendre que leur pouvoir de nuisance est encore énorme.

Le christianisme continue pourtant d’empoisonner l’Occident. En utilisant le système néocorporatiste à son profit, une énorme galaxie d’organisations chrétiennes parvient à faire financer ses lieux de cultes, ses activités d’évangélisation et son lobbying théopolitique par les contribuables. Par leur maîtrise des codes bourgeois néocorporatistes, les organisations chrétiennes dépolitisent et laïcisent la rhétorique de leur propagande théopolitique et parviennent à bénéficier d’un pouvoir de décision indu au niveau de l’État. Les contribuables financent ainsi contre leur volonté la sape de la laïcité à laquelle ils sont attachés. En France, les « comités d’éthique » permettent à des prêtres chrétiens de peser sur les décisions de l’État relatives aux orientations de la recherche scientifique et aux droits reproductifs des femmes, obtenant par exemple l’interdiction de recherches en génétique et sur les cellules-souche.

De plus, le christianisme atavique de la bourgeoisie façonne intégralement le logiciel politique de tous les partis institutionnels. Tous les représentants politiques bourgeois répandent, qu’ils le veuillent ou non, du christianisme sécularisé à travers leur influence idéologique.

Il y a deux types de sécularisation : une naturelle et inconsciente, et l’autre volontaire. 

La sécularisation naturelle provient du christianisme intériorisé, qui pousse même des personnes de bonne volonté à se comporter en idiots utiles de l’idéologie chrétienne, sans qu’ils ne prononcent le nom de dieu ni qu’ils ne parlent de foi.

La sécularisation volontaire, en revanche, est une taqiya chrétienne délibérée, consistant à cacher son allégeance religieuse pour mieux polluer l’esprit des incroyants. Ce sont des chrétiens qui ont compris que le peuple ne voulait pas de leur religion, et qui vont utiliser tous les moyens en leur possession pour diffuser le message de leur Christ sans nommer ce Christ.

La gauche bourgeoise, avec sa repentance, sa honte du plaisir, son injonction à tout partager, sa quête de la bonne conscience, son masochisme, son culte de l’amour forcé de l’autre, son désir d’autodestruction et d’humiliation pour se purger d’un péché imaginaire et obsessionnel, est le descendant direct du christianisme. Le gauchisme, c’est le résultat de la sécularisation du christianisme. Une part de la bourgeoisie est passée à gauche parce que la doctrine gauchiste lui est apparue comme étant un moyen bien plus efficace que le christianisme lui-même d’accomplir le projet humain chrétien.

Il s’opère depuis une cinquantaine d’années une graduelle fusion entre la gauche bourgeoise et le christianisme. Pour sauver le christianisme mourant, les chrétiens militants et le clergé se sont massivement investis dans la reconversion séculaire : l’humanitaire et l’associatif. Les blancs ne veulent plus du christianisme mais beaucoup d’africains en sont friands, notamment parce qu’il leur offre une alternative intéressante à l’islam, qui sème la terreur en Afrique. Les missions humanitaires en Afrique servent d’avant-poste d’évangélisation, et le soutien de l’Église à l’immigration de masse leur permet de remplir un peu leurs églises vides en Europe. L’immigration africaine permet aussi à l’Église de pallier la pénurie de recrutement de prêtres et les prêtres extra-européens sont en passe de devenir majoritaires dans plusieurs pays d’Europe. La gauche fut longtemps anticléricale parce que l’Église était sa principale rivale, mais depuis que l’essentiel des actions de l’Église dans la société consiste à noyer l’Europe sous un flot de migrants africains, et que les prêches des curés et des évêques présentent le vivre-ensemble comme un devoir sacré, c’est l’amour fou entre la gauche et les organisations chrétiennes. Le christianisme est la plus grosse ONG pro-migrants d’Europe.

D’un autre côté, les conservateurs chrétiens ont renoncé à l’évangélisation directe par la foi pour se reconvertir dans l’évangélisation indirecte par la rhétorique identitaire. Tout comme Charles Maurras, leur père spirituel à tous, eux-mêmes le plus souvent ne croient pas en dieu : ils croient au pouvoir du christianisme. Ils savent qu’ils ne pourront jamais convaincre les blancs de retourner vers dieu, alors ils se déguisent en laïcs pour leur empoisonner l’esprit avec la notion très retorse d’identité chrétienne. Ne pouvant prêcher directement une foi qu’ils n’ont même pas eux-mêmes, les chrétiens conservateurs consacrent l’essentiel de leurs ressources à propager une apologétique morale, esthétique, civilisationnelle et même pseudo-scientifique.

Apprenez à parler le langage de la nouvelle apologétique chrétienne conservatrice :

Ne dites plus « Retournez dans le giron du Christ », dites « La société est en mal de repères », ou « La nature a horreur du vide ».

Ne dites plus « Femmes, soyez soumises à vos maris, comme au Seigneur, car le mari est le chef de la femme, comme Christ est le chef de l’Église » (Éphésiens 5:22), dites « Toutes les études d’évopsy montrent que la délinquance, c’est à cause des mères célibataires ».

Ne dites plus « Que la femme se taise dans l’assemblée » (Corinthiens 14:34), dites « À cause des féministes hystériques, la société s’est féminisée et rien ne va plus ».

Ne dites plus « Dieu punit les sodomites », dites « Le mariage homosexuel menace nos fondamentaux anthropologiques et les plus grands psychologues ont démontré que sans un papa et une maman, les enfants risquent de se suicider plus tard ».

Un des piliers de cette rhétorique chrétienne conservatrice sécularisée est l’esthétique de la cathédrale. Les cathédrales gothiques sont brandies pour prétendre que seule la religion chrétienne rendrait les européens capables de produire de beaux monuments, que seule la volonté de servir Yahvé guiderait les blancs vers la beauté transcendante. Cette rhétorique a été élaborée au lendemain de la Révolution Française par Chateaubriand, qui avait bien compris que plus rien ne pourrait désormais marcher comme avant pour le christianisme, et qu’il allait falloir inventer une apologétique laïcisée pour ramener les peuples d’Europe auprès de la croix. Conscient désormais que le pouvoir politique de l’Église n’irait plus jamais de soi, et que dans le monde nouveau, l’adhésion à une idéologie ou une croyance dépendrait de sa capacité à être reconnue comme force de progrès, Chateaubriand prit le contrepied des révolutionnaires qui dépeignaient le christianisme comme force rétrograde, et entreprit de montrer que c’était le Génie du christianisme qui avait été le plus grand moteur de progrès esthétique, moral et politique dans l’histoire de l’Europe. Chateaubriand buta sur un problème de taille : pour ses contemporains imprégnés d’humanités classiques, l’Antiquité grecque et romaine préchrétienne fournissait tous les modèles inégalables de perfection esthétique, morale et politique. Pour contourner ce problème argumentatif majeur, il usa de la force suggestive de son style partout où défaillait la logique de son argumentation, c’est-à-dire partout. Il décréta que le christianisme, en imposant le dogme du péché originel, avait introduit une complexité inédite dans la psychologie des européens et opposa, tant dans le champ littéraire qu’architectural, la supposée perfection simpliste et superficielle des œuvres païennes à la perfection complexe, foisonnante et profonde des œuvres chrétiennes. Ses pages de célébration de la beauté des cathédrales médiévales, qu’il compare à des forêts, sont le pilier de son apologétique. Et dans ces pages, il insiste sur l’omniprésence de plantes indigènes dans les ornementations sculptées des cathédrales, par opposition au minimalisme des trois ordres architecturaux des temples grecs et romains. Aujourd’hui encore, les cathédrales gothiques sont le seul support efficace de la propagande chrétienne réactionnaire. La seule phrase qui parvienne à retenir les blancs d’achever le christianisme est la question : « Sans le christianisme, les européens auraient-ils été capables de bâtir des monuments aussi beaux que les cathédrales ? »

Personne ne prend jamais la peine de répondre à cette interrogation, parce que la réponse serait raciste. Cette réponse est simple : oui, parce que c’est le génie européen et non le prétendu génie du christianisme qui a créé ces œuvres. Ce n’est pas la religion du Christ qui a bâti les cathédrales gothiques, c’est un peuple d’artisans, de sculpteurs et d’ingénieurs talentueux. Le christianisme a conquis tous les continents mais il n’y a qu’en Europe qu’on a bâti les cathédrales gothiques. Sans le christianisme, les européens auraient tout simplement employé leurs talents et leur sens esthétique à continuer de bâtir des temples dédiés aux divinités ancestrales européennes et des académies, comme ils le faisaient déjà dans l’Antiquité, avec des variations de style au gré des particularités locales et du cours de l’histoire. C’est le christianisme qui a eu besoin du génie européen, et non l’inverse. 

Les cathédrales gothiques n’appartiennent qu’aux peuples qui les ont bâties, et non à l’église qui les a parasités. Il est temps que l’Église rende aux peuples d’Europe les monuments que ceux-ci ont créés et financés par leur travail et leur talent, avant que les chrétiens ne laissent leurs protégés du tiers-monde brûler les églises qui tiennent encore debout. Nous devons achever la déchristianisation de l’Europe pour préserver les monuments que le peuple blanc a édifiés durant l’ère chrétienne.

La sécularisation est une déchristianisation incomplète. On ne chasse le christianisme que dans les institutions et les lieux de pouvoir, mais les lois en sont imprégnées, les préoccupations tournent toujours autour d’idées chrétiennes. Les réactionnaires sont la version sécularisée des fous de Dieu d’autrefois et leur modération est précisément le problème : ils frappent en avançant masqués dans une permanente guérilla sociétale sous faux drapeau.

C’est pourquoi il faut aller beaucoup plus loin que la simple sécularisation : il faut une disparition totale du cancer chrétien qui paralyse l’Occident. Il ne suffit pas d’abolir la messe obligatoire, d’écarter les curés du pouvoir et de proclamer la laïcité comme une incantation pour que l’Occident se déchristianise. Les églises se vident, mais il faut à présent les rendre au peuple qui les a bâties, et liquider le christianisme qui parasite la vie politique et les avis sociétaux de la population sans même qu’elle en soit consciente.

Le christianisme intériorisé des prolétaires les pousse à agir comme des larbins des chrétiens et des bourgeois sans le savoir. Les siècles de domination chrétienne ont ancré l’idée chez les prolétaires que le mérite d’une personne se mesure à sa douleur, aux sacrifices qu’elle accomplit, aux souffrances qu’elle endure en silence. Ceux qui refusent les souffrances inutiles sont vus comme des fauteurs de trouble et ceux qui s’enrichissent sans souffrances sont soupçonnés d’immoralité. Cette croyance selon laquelle plus on en bave, plus on gagne son salut pousse de nombreux prolétaires à accepter l’inacceptable en terme de larbinisme, et à rejeter tout ce qui peut les sortir de cette condition avilissante.

Les chrétiens bourgeois ont déployé deux grandes stratégies pour survivre dans un peuple qui ne veut plus d’eux : la sécularisation — qui les rend indétectables — et la patrimonialisation — qui les rend intouchables.

Avec la rhétorique des « racines chrétiennes », les chrétiens conservateurs s’auto-muséifient pour se mettre hors d’atteinte. Cette méthode leur permet de toucher de l’argent public à titre de gardiens du patrimoine, d’être intouchables, et de se nimber d’une aura de défenseurs de l’identité, tendant ainsi à graver dans le marbre de l’identité européenne une composante religieuse chrétienne, qu’ils accolent toujours à l’identité raciale. Les militants de la laïcité eux-mêmes ont fini par croire à la fable des racines chrétiennes. Alors que les anticléricaux du début du XIXe siècle jusqu’au milieu du XXe siècle soulignaient volontiers le caractère parasitaire de la religion chrétienne et son statut d’idéologie orientale imposée de force aux européens, ce thème n’est plus du tout abordé. Désormais, les militants de la laïcité, croyant s’opposer aux « catholiques fachos », tombent dans le piège chrétien en attaquant toujours en même temps l’identité chrétienne et l’identité blanche.

Sous bien des aspects, le gauchisme est un christianisme radical épuré de tout folklore, là où les conservateurs sont des chrétiens modérés attachés à leur folklore.