7.2 La bourgeoisie unie malgré elle

La bourgeoisie forme une seule et même race sociale, unie malgré des divisions superficielles et des conflits d’influence. Le monopole de la parole publique par des groupes différents crée un trompe-l’œil de pluralité. La bourgeoisie doit être comprise comme un écosystème où chacun se renvoie la balle. La bourgeoisie de gauche immigrationniste jette les européens répugnés par l’islam dans les bras des chrétiens conservateurs. Les chrétiens conservateurs jettent dans les bras de la gauche immigrationniste pro-islam les européens rebutés par l’Église. Chaque moitié politique de la bourgeoisie fournit à l’autre sa raison d’être. Plus aucun prolétaire blanc ne voterait encore pour la gauche immigrationniste si le camp conservateur n’était pas aussi écœurant d’arrogance bourgeoise et de servilité à l’agenda chrétien. Les prolétaires blancs ne songeraient pas à donner le moindre vote au camp conservateur si la gauche bourgeoise ne saccageait pas avec une telle indécence les libertés et la qualité de vie des européens en leur imposant le remplacement ethnique et l’islamisation. La plupart des prolétaires blancs éprouvent un profond dégoût face aux totalitarismes islamiques et chrétiens et ne choisissent un des deux camps que parce que l’un a réussi à les écœurer davantage que l’autre.

Les prolétaires blancs ne veulent plus être « sauvés » par le communisme bourgeois, puisqu’ils l’ont été par le capitalisme et la démocratie libérale. La gauche s’est donc détournée des européens et ne compte désormais plus que sur la balance démographique extra-européenne pour se faire élire, d’où la racialisation de leurs discours et leur défense systématique des minorités.

Les églises sont vides et plus personne ne souhaite le retour de l’Église au centre de l’État. Les chrétiens conservateurs ont donc besoin de jouer la comédie de la fausse fermeté face à l’immigration pour se faire élire. Une fois au pouvoir grâce au ras-le-bol populaire de l’immigration, ils organisent une poignée d’expulsions guignolesques à la va-vite, prennent soin de ne procéder à aucune réforme ambitieuse de politique migratoire, tout en faisant dès que possible passer à la sauvette des lois et des réformes réactionnaires liberticides. En France, à chaque fois que les conservateurs acquièrent du pouvoir, ils s’arrangent pour affaiblir le Planning familial et financer des associations anti-avortement. Aux États-Unis, ils tentent régulièrement d’interdire aux femmes d’avorter de leur violeur. Au Texas, des conservateurs ont même proposé d’instaurer la peine de mort pour les femmes qui feraient le choix d’avorter de leur violeur.

Chaque camp sert l’autre en entretenant des débats politiques d’un niveau catastrophique pour créer un faux dilemme entre la gauche et le conservatisme. Les prolétaires doivent toujours choisir entre une peste bourgeoise et un choléra bourgeois.

Peu importe leur choix, qu’ils s’aiment ou se détestent, qu’ils prétendent attaquer les intérêts bourgeois ou qu’ils s’en tiennent à la classique arrogance bourgeoise, peu importe la façon dont ils s’y prennent, le résultat est le même, parce que leur classe et leur race sociale s’en trouvent au bout du compte toujours renforcées.

La politique bourgeoise fonctionne en stéréophonie : chaque camp donne corps aux mensonges de l’autre camp en prétendant s’opposer à lui. Il est ainsi fréquent que des mythes politiques soient propagés conjointement par la gauche et les conservateurs. Les exemples de cette stéréo bourgeoise sont nombreux. Quand la gauche et les conservateurs s’écharpent sur les plateaux de télévision au sujet de « l’assimilation des musulmans », ils ne font que répandre le mensonge selon lequel le principal problème posé par l’immigration de masse serait une histoire d’assimilation ou d’intégration, et non de remplacement racial. La gauche pro-islam répète qu’on doit intégrer et accepter au lieu d’assimiler. La seule opposition médiatiquement tolérée à cette folie est celle des conservateurs. Or ces derniers ne font que marteler le mensonge de l’assimilation comme seule solution à l’immigration de masse extra-européenne, lorsqu’il mettent toute leur énergie à dénoncer le fait que les musulmans ne s’assimilent pas étant donné qu’ils donnent à leurs enfants des prénoms non-chrétiens. Autre exemple de stéréo bourgeoise : gauchistes et conservateurs rivalisent de propagande pour nous faire croire que les femmes blanches seraient par essence pro-migrants, les uns pour s’en réjouir, les autres pour prendre un air dégoûté. La gauche instrumentalise le féminisme pour se donner une image progressiste et utilise les féministes comme femmes-sandwichs de l’immigrationnisme, en veillant à punir toute féministe insoumise à son agenda immigrationniste : c’est là le seul moyen pour elle de donner un visage humain à l’arrivée massive de barbus invivables. En face, les conservateurs agitent le chiffon rouge des féministes immigrationnistes de gauche pour prétendre que si notre pays est envahi, ce n’est pas à cause des bourgeois qui ont organisé le remplacement ethnique, mais à cause d’une supposée « féminisation de la société ». Bref, gauchistes et conservateurs nous abreuvent de leurs faux débats pour asseoir le consensus autour de leurs mensonges.

La stéréo bourgeoise permet à la gauche et aux conservateurs de diffuser la haine du progrès en Occident : les premiers définissent le progrès comme la destruction (« déconstruction ») de tout ce qui fait notre force, le devoir de ramper devant les pires idéologies théototalitaires du tiers-monde et l’urgence de procéder au remplacement racial du prolétariat blanc ; les seconds, prétendant s’opposer à ces immondices gauchistes, fustigent « le progressisme », validant de ce fait sans la moindre réserve la définition gauchiste du progrès. Ils ancrent ainsi l’idée qu’un Occident qui progresse serait un Occident décadent. Gauchistes et conservateurs se complètent parfaitement pour diffuser la propagande anti-occidentale.

L’avènement d’une société de confort de masse, d’abondance alimentaire et de loisirs pour tous est un désastre pour la bourgeoisie tant de gauche que conservatrice, qui ne peut pleinement régner que sur un peuple de miséreux hantés par la peur de la famine. La vision de prolétaires bien nourris, en bonne santé et disposant de temps de loisirs plonge les conservateurs dans la panique, puisque dans ces conditions, les prolétaires cessent de se soumettre aux austères prêches chrétiens. Même panique à gauche lorsqu’elle constate que les prolétaires blancs n’ont pas besoin de renverser le capitalisme pour être heureux et libres. Et quel dépit les anime en voyant que le grand effondrement censé punir l’Occident capitaliste de sa suprématie ne vient jamais, malgré leurs cris de Cassandre incessants depuis deux siècles. 

La société de consommation capitaliste est le régime économique le plus résilient de l’histoire de l’humanité. Ce système est infiniment plus solide que l’économie de subsistance précapitaliste et que le système capitaliste des débuts, qui était régulièrement frappé par des crises meurtrières. Lorsque les prolétaires ont enfin accédé à la consommation en masse, les gigantesques crises de surproduction ont cessé d’apparaître, assurant ainsi la pérennité de l’économie capitaliste.

C’est précisément la solidité de la société de consommation capitaliste qui fait enrager communistes et chrétiens. L’absence de menace sérieuse d’effondrement économique spectaculaire les oblige à se cantonner à un registre très lointainement moral.

Quand un peuple est régulièrement frappé par la famine, il est aisé de le contrôler, soit en lui expliquant qu’il a été puni de n’avoir pas assez obéi aux commandements divins, soit en utilisant l’énergie du désespoir populaire pour enrôler le prolétariat dans un projet de révolution anticapitaliste. Maintenant que les prolétaires ont accès au confort, que reste-t-il à la gauche et aux conservateurs ? Dénoncer le pain et les jeux ! C’est-à-dire le fait que le peuple ait ce qu’il veut pour être heureux et en bonne santé.

Leur obsession de prophétiser un effondrement économique qui n’arrive jamais vient de leur seul espoir : ils ne veulent pas reconnaître qu’ils sont dépassés, que ni le communisme ni le christianisme ne séduiront plus jamais personne, que le nouveau capitalisme a triomphé et a su s’adapter, qu’il est plus moral que n’importe lequel de leurs systèmes planifiés tarés. Alors ils brandissent des menaces d’apocalypse si le peuple ne fait pas vite une révolution :

« Ce système va s’effondrer car nous sommes décadents/nous détruisons la planète ! On ne pourra pas toujours vivre heureux, donc venez vous ranger avec les bourgeois communistes et les bourgeois réacs pour faire la révolution, même si le capitalisme ne montre aucun signe de faiblesse à part des chiffres abscons et des mini-crises utiles au bon fonctionnement de l’économie. »

L’opulence capitaliste est dénoncée à la fois par les bourgeois communistes comme une « volonté d’acheter la paix sociale » et par les bourgeois réacs par la formule « du pain et des jeux ». Comme si vivre en paix et prendre du plaisir à vivre étaient des choses immorales.

D’un côté le bourgeois communiste veut que le peuple se sacrifie dans une révolution perpétuelle, de l’autre le bourgeois conservateur veut que le peuple sacrifie sa vie à travailler dans la douleur sans se divertir.

La bourgeoisie s’est faite doubler par la société libérale et capitaliste. Celle-ci a donné au peuple ce qu’il voulait et le peuple n’est dès lors plus le jouet des règlements de comptes bourgeois entre communistes et conservateurs.

Il n’y aura plus de grands mouvements de politisation de masse, de grands mouvements de rue, car il n’y a plus de grandes armées de crève-la-dalle. Le recul des grands mouvements révolutionnaires est symptomatique d’une société heureuse et d’un libéralisme triomphant qui a su apporter le confort et le bonheur au plus grand nombre.

Être nostalgique des grands mouvements populaires est déjà une attitude bourgeoise. Aux époques où l’on se soulevait, où les travailleurs étaient impliqués massivement dans des partis et des syndicats, les gens souffraient énormément, ils étaient acculés par la misère et seule la perspective d’une révolution les préservait du désespoir.

Déplorer l’absence de soulèvement de masse, que ce soit pour une révolution de gauche ou une révolution réactionnaire, c’est se plaindre que le peuple soit heureux.

Cette bourgeoisie en fin de vie, qu’elle soit communiste ou conservatrice, se caractérise par son désir d’arrêter l’Histoire. Les bourgeois communistes voulant sortir de l’Histoire là où les bourgeois réactionnaires veulent arrêter tout progrès ou même revenir à une période figée.

La scène politique occidentale n’est faite que de règlements de comptes entre bourgeois qui monopolisent l’espace public pour diffuser leurs préoccupations, leurs horizons mentaux, leur vocabulaire, leurs peurs et leurs fantasmes. C’est pourquoi il faut refuser la grille de lecture proposée par leur système.