7.1 Le monopole bourgeois de la politique

La bourgeoisie politique est divisée en deux : le camp gauchiste et le camp conservateur. Le premier est au moins en partie une vraie gauche, le second est une fausse droite, composée exclusivement de conservateurs et de réactionnaires d’inspiration chrétienne. La fausse politique repose sur ce faux dilemme entre une gauche crypto-chrétienne et des réactionnaires chrétiens.

La politique nécessite de s’y dédier entièrement. Elle exige aussi des relais médiatiques et des sommes d’argent dont les prolétaires ne disposent simplement pas. La bourgeoisie monopolise ainsi le débat public pour en faire le théâtre des règlements de comptes entre familles bourgeoises.

La bourgeoisie exclut le peuple au moyen du débat bourgeois. Le débat bourgeois, c’est la prolifération de paroles sans enjeu dans une mise en scène de fausses oppositions.

Les débats sont censés être inclusifs, mais excluent de fait les prolétaires par le choix du langage, de l’étiquette, de la centralisation des télévisions sur Paris, des préoccupations, des références, des sujets et mots interdits.

Le débat bourgeois se pratique par des prises de parole sous des formes cryptiques, allusives, qui renforcent la connivence intra-communautaire bourgeoise et poussent le peuple à se désintéresser de la politique. Des hommes comme Jaurès et Clemenceau, qui pourtant à leur époque écrivaient des thèses en latin et avaient un niveau de maîtrise de la langue française infiniment supérieur à celui des professionnels de la politique actuels, s’efforçaient pourtant dans chacun de leurs discours d’exprimer leurs idées avec simplicité pour les rendre accessibles à tous. Toute prise de parole politique en démocratie devrait se faire de la manière la plus simple possible. Tout discours pointu et complexe, sur des sujets qui peuvent être abordés de façon très simple, est un discours anti-démocratique. Le débat public tel qu’il existe aujourd’hui est une illusion de démocratie ne donnant la parole qu’à des groupes d’intérêts privés et bourgeois.

Il est temps de mettre fin à la culture du débat et du brassage de vent. Le débat, c’est le milieu naturel du bourgeois, qui biaise les jugements des spectateurs par le choix de ses invités, des oppositions, des personnes qu’on exclut, des thèmes abordés et de leur traitement.

Pire, des associations bourgeoises instrumentalisent la justice pour réclamer la limitation de la liberté d’expression sous des prétextes fallacieux dits d’incitation à la haine et de lutte contre les fake news, ce qui réserve la parole publique aux seuls bourgeois, ces derniers possédant les codes sociolinguistiques et la tiédeur nécessaires pour se voir octroyer le droit à la parole, et l’argent pour payer les frais d’éventuels procès. Les bourgeois arrivent même à commettre des apologies du terrorisme sans tomber sous le coup de la loi, là où un prolétaire se prendrait un procès pour avoir dit trop franchement ce qu’il pensait des terroristes.

Même la diction et l’accent définira qui aura le droit à la parole et qui ne l’aura pas, discrimination autorisée et assumée dans les médias. La discrimination sociale est totalement assumée, institutionnalisée et décomplexée.

Une illusion de débat est encore plus anti-démocratique qu’une absence de débat, parce qu’elle joue sur l’impression que tout le monde est représenté, et fait croire aux prolétaires blancs qu’ils sont apolitisés simplement parce qu’ils ne s’identifient à aucun des protagonistes sur la scène politique. La pluralité est bien plus vitale pour la démocratie que le débat. Les débats politiques actuels sont des farces dont la seule fonction est de maquiller l’absence de pluralité politique réelle. L’homme est un animal politique, et il y a dans une société proportionnellement autant d’apolitiques que de prises en otage du débat public par des bourgeois qui ne représentent pas le peuple dont ils se revendiquent.

Pour que la démocratie fonctionne et que l’essentiel de la population cesse d’être exclue de la représentation politique, on doit en finir avec les mises en scènes de débats superficiels et exiger des acteurs politiques qu’ils assument leurs partis-pris idéologiques explicitement et qu’ils annoncent clairement le but de leurs interventions, au lieu de prétendre stimuler vaguement la réflexion en répandant un flou artistique bourgeois.

La parole doit retrouver sa valeur d’acte, c’est-à-dire ne plus être monopolisée par des gens qui ont pour habitude de soulever des problèmes dans des buts non assumés, d’insinuer sans jamais expliquer où ils veulent en venir.

Les débats abstraits de pseudo-intellectuels autant que les rodomontades faussement pragmatiques masquent l’absence totale de pluralité et poussent le peuple à se désintéresser massivement de la politique. Ils sont une violence bourgeoise anti-démocratique qui doit être bannie par la mise en place de garde-fous anti-bourgeois : le réflexe par les journalistes devrait être de toujours demander où l’invité veut en venir, ce qu’il revendique, d’où il parle, l’idéologie qu’il défend et les moyens qu’il propose pour atteindre ses buts.

Nous devons régénérer la politique en substituant aux palabres sans but des confrontations d’idées concrètes, en remplaçant le débat bourgeois par des discours politiques assumés allant droit au but sous la forme la plus simple. Il n’y a qu’en arrachant le débat des mains de la bourgeoisie spoliatrice qu’on fera s’effondrer le vote par défaut et l’abstentionnisme du peuple, symptôme d’un débat public sclérosé par la fausse politique.