6.1 La race bourgeoise

La bourgeoisie, c’est l’oligarchie qui refuse de se mettre au service de la civilisation. C’est le propre de la bourgeoisie que de fuir ses responsabilités pour ne servir que ses intérêts, là où une élite légitime devrait être au service de sa civilisation et de son peuple.

L’histoire de la lutte des classes a toujours été celle d’une lutte des races. La bourgeoisie s’est auto-racialisée et elle a racisé le peuple qu’elle domine. La bourgeoisie a développé un sentiment de caste si fort qu’elle s’est mise hors européanité : elle s’est délibérément séparée du peuple, spirituellement et matériellement.

Dans la pensée marxiste, les bourgeois sont les possesseurs des moyens de production. Les prolétaires sont ceux qui n’ont que leur force de travail, et sont contraints de la louer aux possédants. Il est pourtant naïvement réducteur de penser que bourgeoisie et prolétariat se définissent uniquement par leur rôle économique dans le système de production capitaliste, comme si la bourgeoisie était une catégorie sociale sans passé, subitement apparue à l’ère industrielle. Le marxisme, c’est la croyance qu’il suffirait d’abolir les inégalités économiques pour mettre fin aux antagonismes entre divers groupes sociaux.

La bourgeoisie n’est pas seulement une catégorie abstraite définie par sa richesse, ni même par sa culture. La bourgeoisie blanche, c’est avant tout des familles, des dynasties, des liens de sang, des stratégies de reproduction sociale et biologique : c’est une race sociale constituée d’un réseau de lignées interconnectées et cosmopolites. Leur conscience de race et leur fuite des responsabilités affectent lourdement la destinée de l’Occident.

Toutes les stratégies de distinction bourgeoise mises en évidence par la sociologie sont des stratégies raciales : il s’agit d’asseoir sa suprématie raciale, d’assurer l’impénétrabilité de sa propre race et de maintenir le peuple dans un statut de race séparée et inférieure. On n’intègre totalement la bourgeoisie qu’en se liant racialement à elle, par l’union matrimoniale avec un membre de lignée bourgeoise. Prétendre que la bourgeoisie n’est pas une race, c’est nier l’existence même d’une bourgeoisie héréditaire.

Il est important de désigner la bourgeoisie comme race, précisément parce que c’est elle qui a racisé le prolétariat, et parce qu’elle tire encore aujourd’hui de considérables avantages de la discrimination raciale qu’elle a instaurée. Le mot race servait d’ailleurs à l’origine à désigner avant tout les lignées aristocratiques, les grandes familles de la classe dominante.

Un subterfuge fréquemment utilisé par la bourgeoisie pour se légitimer est d’user de la fausse distinction entre noblesse et bourgeoisie, comme si les deux ne se mélangeaient pas depuis des siècles, comme si la noblesse était l’oligarchie ancienne, et les bourgeois, les nouveaux riches. Ce mythe de l’imperméabilité entre noblesse et bourgeoisie permet d’une part à certains bourgeois à particule de se prévaloir du prestige de l’ancienneté par opposition aux bourgeois assimilés à des « parvenus », et permet d’autre part à quantité de bourgeois de se faire passer pour de simples travailleurs qui auraient réussi par leur seul mérite, par opposition aux nobles supposés privilégiés et fainéants. Le mythe de l’imperméabilité permit pendant longtemps à la bourgeoisie anoblie de masquer ses origines roturières et sert surtout aujourd’hui, au contraire, à masquer le caractère héréditaire de la domination bourgeoise, donc à dissimuler la dimension raciale de la classe bourgeoise.

En vérité, bon nombre de familles bourgeoises sont bien plus anciennes que la plupart des familles nobles. Les nobles eux-mêmes ont été anoblis à des époques extrêmement variées et pour des motifs disparates. La plupart des nobles ont acquis leur particule assez récemment, sans aucun rapport avec une quelconque guerre, et sont tout simplement des bourgeois qui ont été anoblis grâce à leur proximité avec le pouvoir du moment ou par commodité administrative.

Les titres de noblesse sont un vestige du système féodal et permettaient d’administrer et d’exploiter la terre d’un fief et les prolétaires corvéables qui vivaient dessus. Ces titres héréditaires légitimaient les riches qui les portaient, les protégeaient de la concurrence et leur assuraient un revenu pérennisant leur racisation.

La bourgeoisie s’est toujours pensée comme race. Son ancienne obsession de se lier matrimonialement à la noblesse exprimait son désir de se rattacher à la grande généalogie de la race des seigneurs. La plus grande crainte de la bourgeoisie était jadis de passer pour « parvenue », son but était d’effacer ses origines prolétaires plus ou moins lointaines. Cette élite obsédée par les liens du sang, la généalogie, savait très bien que la noblesse était le plus souvent bien plus récente qu’elle n’en avait l’air, et qu’elle se composait avant tout de bourgeois anoblis. Mais chacun avait intérêt à maintenir vivante cette fiction raciale du sang bleu, puisque chacun s’en prévalait pour étaler son prestige, et pour refermer la porte de l’ascension sociale derrière soi.

À partir de la révolution industrielle, la bourgeoisie a lentement construit le mythe de l’homme qui s’est fait lui-même et a réussi à créer la confusion entre sa classe rentière, héritière et industrielle, avec les artisans prolétaires, débonnaires et industrieux. Ce mythe du self-made man permet à la fois de masquer combien la bourgeoisie jouit de privilèges héréditaires et de justifier la hiérarchie sociale en renvoyant les prolétaires à leur responsabilité purement individuelle dans la position sociale de dominés qu’ils occupent.

Après avoir tenté de se légitimer dans la noblesse, la bourgeoisie va se forger à la Révolution une réputation de prolétaires qui ont réussi par le travail. Pourtant, le nom de bourgeoisie provient de cette classe de riches qui habitaient le bourg à défaut de posséder un fief, par opposition à la noblesse qui s’établissait sur l’exploitation d’un tel domaine et de ses habitants. Posséder un titre de noblesse n’a jamais voulu dire que la richesse familiale était ancienne, de même que ne pas en avoir n’a jamais signifié que la richesse familiale était récente. Une grande partie des familles bourgeoises étaient même bien plus anciennes que le gros de la noblesse datant de l’Ancien Régime.

Aujourd’hui encore se propage le mythe d’une noblesse pluriséculaire descendant du tout début du Moyen Âge, totalement séparée de la bourgeoisie, qui, elle, serait seulement composée de prolétaires parvenus, responsables de la dégénérescence des riches. Dans l’imaginaire populaire sévit encore le narratif d’une bourgeoisie parvenue dont l’origine sociale trop basse corromprait le précieux sang bleu, impliquant que les prolétaires seraient à l’origine de la décadence de la bourgeoisie.

La noblesse, c’est l’immortalité accordée par l’État à une bourgeoisie qui devrait se déclasser, d’où la grande nostalgie royaliste qu’on peut observer aujourd’hui chez la jeunesse bourgeoise conservatrice effectivement déclassée et sans talent. Les titres de noblesse étaient en pratique le principal outil de validation systémique de la racialisation bourgeoise jusqu’à l’époque contemporaine.