5.2 La désillusion communiste

L’espérance révolutionnaire de la gauche s’est effondrée avec le mur de Berlin en 1989, après que la lumière fut faite sur la réalité désastreuse du monde communiste. Ce sont les ouvriers eux-mêmes qui ont mis à bas le communisme, écœurés de subir la répression, la misère et le sous-développement dans leurs pays communistes tandis que les ouvriers des pays capitalistes voyaient leur niveau de vie augmenter. Les ouvriers ont préféré rejoindre le grand mouvement libéral capitaliste de classe-moyennisation du prolétariat plutôt que de courber l’échine dans la misère des « dictatures du prolétariat » communistes. Le communisme ne s’en est jamais remis.

Jamais un système n’aura tué autant d’ouvriers que le système politique qui prétendait les libérer. Le communisme aura fait cent millions de morts, presque tous ouvriers. Les régimes communistes interdisaient les syndicats libres et les grèves ouvrières, et ils furent les seuls à envoyer les chars pour mater des révoltes ouvrières.

La gauche se tue en prenant le pouvoir. Elle ne peut exister que dans l’opposition. Quand elle prend le pouvoir, elle envoie les récalcitrants dans des camps et les chars contre les grévistes, dans un délire de « gouvernement transitoire » éternel, ou bien elle bascule dans le conservatisme.

Le rêve communiste d’abolition totale des classes est séduisant pour un peuple de serfs en haillons qui ne connaît du libre marché que l’exploitation. Mais quand on est un peuple heureux, bien nourri et bien diverti, il est normal d’être libéral, capitaliste et pro-Occident.

Une fois acté l’échec de tous les régimes communistes, la gauche s’est convertie, bon gré, mal gré, à l’économie de marché, qui est le régime économique le plus résilient, le plus capable de corriger ses propres dérives, et le plus efficace pour assurer le confort matériel et les libertés de chacun.

L’échec du communisme a définitivement forcé les partis de gauche à accepter l’économie de marché. Ce triomphe de l’économie de marché, couplé au recul des grandes concentrations ouvrières dans les usines, a poussé la gauche à renoncer à l’espoir d’abolition des classes. Alors, le combat pour le renversement de l’ordre social a cédé le pas à une myriade de combats sociétaux. La lutte des classes a cessé d’être l’objectif principal de la gauche, qui s’est reconvertie dans les luttes égalitaristes jadis secondaires au sein de la gauche : antiracisme, droits des minorités religieuses, écologie, droits des gays, féminisme, transactivisme… Le communisme, autrefois premier parti des prolétaires européens, ne survit désormais électoralement qu’au niveau local, en important massivement des populations extra-européennes à qui elle fait toutes sortes de cadeaux électoraux pour se faire élire. La gauche continue d’utiliser une rhétorique anticapitaliste folklorisée, mais le communisme a cessé partout d’être une force politique, et aucune alternative au capitalisme n’a plus désormais la moindre crédibilité.