4.1 La bourgeoisie mourante contre l’Occident

Les occidentaux se trouvent à un moment paradoxal de leur histoire. Ils n’ont jamais été aussi puissants, et pourtant, jamais autant de forces politiques n’ont hurlé à la décadence de l’Occident. Plusieurs forces politiques militent même explicitement pour forcer l’Occident à décliner : les conservateurs sous le nom d’austérité, la gauche sous le nom de décroissance. Des forces réactionnaires de tous horizons s’unissent pour tenter de nous convaincre que tout irait mieux si l’Occident sabotait ses projets de recherche scientifique, sacrifiait ses progrès économiques et liquidait sa puissance militaire. Certains vont même jusqu’à militer pour convaincre les blancs de ne plus faire d’enfants, alors que la surpopulation mondiale ne vient pas d’eux. Les réactionnaires ont toujours existé, mais cette fois, le gros des nouveaux conservateurs se déguise en progressistes. C’est au nom du progrès qu’on entend forcer les occidentaux à accueillir en masse les combattants de l’islam obscurantiste. C’est au nom du progrès encore qu’on explique doctement aux blancs que tout irait mieux sur terre s’ils cessaient tout bonnement de vivre.

Cette propagande conservatrice aux multiples visages est diffusée par une bourgeoisie malveillante et ne correspond en rien aux aspirations du peuple. La bourgeoisie saboteuse détourne les aspirations saines des prolétaires blancs pour les mener vers des causes suicidaires. Leur aspiration au respect de l’environnement est détournée au profit d’une repentance éco-théologique perinde ac cadaver. Leurs qualités de tolérance, de curiosité envers les autres cultures, d’ouverture d’esprit et d’attachement aux droits de l’homme sont manipulées pour forcer les blancs à accepter l’implantation chez eux de millions d’étrangers gorgés de haine raciale, et déterminés à détruire ces mêmes qualités.

Le trait qui unit ces bourgeois réactionnaires est le rejet de la dimension prométhéenne de l’Occident. Rien ne se crée sans rien détruire ; aussi la civilisation prométhéenne a-t-elle provoqué des destructions, précisément parce qu’elle est créatrice. Cette civilisation arrive à un point de son perfectionnement où elle parvient enfin à créer sans détruire et même à réparer ses destructions. La bourgeoisie agite les destructions passées sur le point d’être réparées — dégâts environnementaux et guerres — pour empêcher l’Occident d’embrasser son destin créateur et réparateur.

L’Occident traîne un boulet : la bourgeoisie mourante et décadente, descendante d’une race sociale qui autrefois avait un rôle et pouvait être un moteur. La bourgeoisie a toujours exploité le prolétariat, mais elle a indéniablement été un important moteur de progrès en Occident durant plusieurs siècles. C’est elle qui a réalisé les grands investissements indispensables à l’émergence de la production mécanisée, rationalisée et massifiée. C’est elle qui a stimulé la course à l’innovation. La rivalité entre bourgeoisie et noblesse a été, notamment en France et en Angleterre, une source importante d’émulation intellectuelle, donnant lieu aux Lumières. Elle a été une force motrice du monde blanc tant que les chemins de la suprématie bourgeoise et celui de la suprématie blanche se chevauchaient.

Les progrès techniques et sociaux en Occident ont en même temps enrichi la bourgeoisie et accru le niveau de vie du prolétariat comme jamais auparavant dans l’histoire. 

C’est en faisant du prolétariat un gigantesque marché en constante expansion que le capitalisme bourgeois a pu survivre en se développant, au lieu de s’autodétruire dans des crises de surproduction telles qu’on a pu les observer dans les années 30. La bourgeoisie n’a pu continuer à s’enrichir que parce qu’elle a fini par comprendre qu’il fallait procurer aux ouvriers les moyens de s’acheter toutes sortes de biens, au lieu de ne leur octroyer que le strict nécessaire à l’achat d’une maigre pitance permettant à peine de survivre. Ce n’est pas par bonté d’âme que la bourgeoisie a consenti à céder du temps et de l’argent au prolétariat, mais par terreur de voir sa tête se retrouver sur le billot communiste. D’une part, l’indigence des salaires ouvriers empêchait l’expansion de la consommation, et, d’autre part, les crises de surproduction provoquées par le décalage entre production de masse et atrophie de la consommation généraient un chômage massif, c’est-à-dire une foule énorme de miséreux n’ayant plus rien à perdre, et tout à gagner à pendre les patrons.

Sans les progrès sociaux, la bourgeoisie se serait autodétruite car la production de masse qu’elle avait mise en place n’aurait trouvé nul débouché commercial. Il lui a fallu concéder des droits, de l’argent et du temps au prolétariat pour pouvoir continuer d’exploiter ce même prolétariat. Malgré son enrichissement constant, la bourgeoisie a donc vu sa suprématie reculer.

Cette affirmation peut surprendre quand on voit combien les grosses fortunes se portent bien, combien les riches tirent les ficelles de la politique et des médias. Mais malgré sa richesse et son indéniable position dominante dans tous les secteurs clés de la société, la bourgeoisie blanche n’en est pas moins habitée par un profond sentiment de déclassement.

Les progrès sociaux, concédés par la bourgeoisie pour se maintenir au pouvoir, ont annihilé de nombreux privilèges bourgeois. Partir en vacances, voyager, chauffer son logement à 20°C, lire des livres, changer souvent de vêtements, envoyer ses enfants à l’université, aller chez le médecin dès qu’on en a besoin, se déplacer en voiture, jouir d’une alimentation variée, prendre une douche tous les jours dans sa propre salle de bains : toutes ces petites choses auxquelles le prolétariat n’a que très récemment accédé, mises bout-à-bout, ont affecté en profondeur le sentiment de supériorité bourgeois. La pop culture, bien que dominée financièrement par les bourgeois, marque symboliquement l’effondrement de la suprématie culturelle de la bourgeoisie. Les modes ne sont plus dictées directement par la bourgeoisie : pour être branché, il faut désormais se tenir à l’affût des modes de la rue, des contre-cultures des milieux marginaux et les singer habilement, avec juste ce qu’il faut d’ironie pour montrer qu’on est dans le coup. En somme, même si les bourgeois dominent toujours, ils ont perdu de nombreuses chasses gardées et leurs cercles ne sont plus le centre du monde.

Plus la suprématie bourgeoise a décliné, plus les bourgeois se sont convaincus que l’Occident tout entier était en décadence. Un monde où leur toute-puissance s’éteint est à leurs yeux forcément un monde en train de mourir.

Ce sentiment de fin du monde a d’abord touché la bourgeoisie catholique conservatrice, et a fini par s’étendre ensuite aux bourgeoisies de gauche qui s’étaient crues les éternels porte-voix attitrés éternels du prolétariat. La bourgeoisie communiste et ses innombrables ramifications gauchistes ne supporte pas de voir que le prolétariat blanc ne vote plus pour elle, ne croit plus en ses rêves romantiques de révolution anticapitaliste et mange au McDonald’s.

L’époque contemporaine est insupportable tant pour la bourgeoisie chrétienne conservatrice que pour la bourgeoisie de gauche, car le prolétariat leur échappe, à eux qui s’étaient imaginés guider le peuple : les uns vers la Jérusalem Céleste, les autres vers les lendemains qui chantent. La bourgeoisie mourante ne supporte pas que l’Occident puisse lui survivre. Elle veut emporter le peuple européen avec elle dans sa tombe.

Se sentant déclassée et dépassée par le peuple, la bourgeoisie va donc aller au plus simple : si toutes les tentatives de restaurer l’asservissement du peuple ont échoué, pourquoi ne pas juste remplacer ce peuple ?

Comme le résumait Brecht : « À ce stade, ne serait-il plus simple de dissoudre le peuple et d’en élire un autre ? »