3.7 Omniprésence de la culture européenne

L’Europe a abreuvé le monde de ses créations et l’a façonné selon ses standards. Dès qu’un pays ou tout autre groupe humain entreprend de se « moderniser », de se « développer », il s’occidentalise. Cette fécondation culturelle, politique, scientifique et technologique est si massive qu’elle n’est même plus perçue comme ce qu’elle est, à savoir un emprunt culturel à l’Europe.

Le secret de la propagation des créations occidentales partout dans le monde réside dans leur universalité. Les sciences modernes, la médecine moderne, l’organisation scientifique du travail, la standardisation de la production, l’ingénierie moderne, les outils et machines, toutes ces créations occidentales ont pour trait commun leur radicale rationalité, donc leur universalité. Les productions intellectuelles rationnelles sont appropriables, reproductibles et utilisables à l’infini par tout être doué de raison, indépendamment de sa race, de sa culture, de ses croyances, de ses goûts, de ses mœurs.

Les créations occidentales sont tellement omniprésentes qu’on en vient à penser que l’Occident serait en quelque sorte le mode par défaut de l’humanité, le neutre par excellence. Mais ce n’est pas seulement l’omniprésence des créations occidentales, favorisée par la puissance commerciale et militaire de l’Occident, qui rend invisible leur lien avec la culture occidentale en particulier : c’est la structure même de ces créations. La technologie et les sciences occidentales se caractérisent par leur extrême épure : les esprits européens les ont perfectionnées à un tel degré qu’ils sont parvenus à les purifier de toutes les scories de magie, de croyance ou d’ésotérisme pour les réduire à leur stricte structure rationnelle. Ils les ont extraites de la gangue du particularisme culturel pour les rendre universellement intelligibles et fonctionnelles. L’extrême raffinement de ces productions de l’esprit les fait tendre vers la pure rationalité et les rend universelles, c’est-à-dire valables partout dans le temps et l’espace, non rattachées à un moment ni à un lieu particulier. Ce n’est donc pas seulement du fait de leur large diffusion, mais aussi et surtout en raison de leur qualité intrinsèque que les créations occidentales sont perçues comme des choses et des idées appartenant à l’humanité toute entière, qui auraient pu être produites n’importe où. Par leur souci constant d’efficience, d’épure, d’abstraction, de rationalité, de fonctionnalité, les occidentaux ont mis au point des sciences, idées, techniques, objets dépourvus de sceau culturel, exempts de tout ancrage identitaire, excluant tout folklore.

La virtuosité du danseur consiste à rendre imperceptibles les milliers d’heures d’entraînements douloureux en procurant au spectateur une impression d’extrême facilité. De même, l’universalité des productions intellectuelles occidentales est le signe de leur extrême perfectionnement et entraîne l’effacement de tout ce qui a rendu ces productions possibles, c’est-à-dire la culture européenne, le travail de la race blanche. L’universalisme est la marque de l’excellence européenne. Il est un rayonnement naturel du fait de l’excellence intrinsèque des productions européennes et ne doit pas être confondu avec l’évangélisation forcée, qui est le fait de sectes parasitant l’excellence européenne pour propager leurs dogmes par la ruse et la contrainte.

La blancheur est souvent caricaturée sous les traits d’une non-identité. Le costard-cravate, les conventions de Genève, la mayonnaise. Une page blanche. Alors que c’est justement parce que l’Occident a tout fécondé qu’il semble n’apparaître nulle part, ou n’apparaître que sur le mode de la neutralité radicale.

À l’inverse, les apports culturels extérieurs à l’Occident sont systématiquement mis en valeur parce qu’ils sont assez rares pour être soulignés et parce que contrairement aux productions universelles européennes, ils portent la marque bien visible de leur culture d’origine, ce qui les rend aisément identifiables.

La création de l’ONU manifeste le désir de l’homme blanc que les peuples se saisissent des mouvements qu’il a initiés, se les approprient, progressent et s’autonomisent. L’idée d’un conseil permanent et d’une diplomatie publique internationale ne pouvait venir que de l’Occident.

Il n’y a pas de progression linéaire d’une société. Le progrès n’est pas une pente naturelle sur laquelle glisseraient spontanément toutes les sociétés. C’est le fruit d’un travail, c’est un combat. Ce sont les européens qui ont introduit la notion de progrès, qui ont façonné le monde moderne et poussé les peuples stagnants à entrer dans cette modernité. L’humanité sans les européens ne serait absolument pas l’humanité telle qu’on la connaît.

Les blancs sont les initiateurs de tous les projets tâchant de garantir les droits fondamentaux de tout être humain : les conventions de guerre, les déclarations de libertés, les ONG humanistes… Ces efforts peuvent apparaître dérisoires au regard de l’océan d’abominations humaines qu’ils entendent combattre. Bien souvent, le monde aseptisé des grandes organisations internationales n’a que peu de prise sur l’âpreté du réel, et les usines à gaz philanthropiques ouvrent la porte à mille formes de corruption, mille dévoiements évangéliques des droits humains universels. Elles ont néanmoins le mérite d’exister et d’avoir ouvert la voie des droits humains.

Les blancs ont aboli l’esclavage dans le monde entier grâce à la colonisation et aux pressions commerciales exercées sur l’Empire ottoman. Puis ils ont décolonisé par égard pour la liberté des peuples à disposer d’eux-mêmes — une liberté inventée et accordée par les européens.

Les droits des femmes, le respect de la vie humaine comme nulle part avant, l’abolition de la peine de mort, l’égalité devant la justice, l’athéisme et la laïcité : tant de droits nous semblent aller de soi dans l’humanité alors qu’ils sont spécifiquement apparus en Europe et n’auraient pu naître nulle part ailleurs avec autant de force.

Ce n’est qu’en Occident que l’individu s’est autant affranchi de la masse. L’Occident a inventé l’individu, soit une personne qui existe en tant que personne, sans être possédée par un groupe. De là est née la protection des enfants : c’est en Occident que les enfants ont été affranchis les premiers du travail et protégés de la maltraitance. La culture du consentement et la lutte contre la pédocriminalité nous paraissent couler de source alors qu’elles sont la cerise sur le gâteau occidental.

Les bienfaits de l’Occident sont omniprésents au point qu’on se retrouve dans la totale incapacité d’imaginer la vie différemment. La culture qui a fécondé le monde devient la culture invisible de l’humanité.