3.4 Le rayonnement universel

L’instinct de domination existe chez tous les peuples. Il n’y a que l’Occident qui soit parvenu à un degré de suprématie tel que le reste du monde rêve de lui ressembler sans y être forcé. Tout universalisme conséquent est un suprémacisme. Refuser toute forme de suprématie aboutit obligatoirement au relativisme culturel.

L’universalité, c’est l’aptitude à produire des créations matérielles et immatérielles appropriables par tout être doué de raison : les mathématiques, la philosophie, les procédés de fabrication rationnels, la transmission intelligible, limpide, non-ésotérique et non-initiatique des savoirs, le langage scientifique univoque et normatif permettant la collaboration des chercheurs… La science elle-même est définie par son universalité, qui se mesure principalement à la reproductibilité de ses résultats, expériences, protocoles.

Tout progrès scientifique, moral ou social se mesure selon des critères objectifs, et donc universels. Le progrès suppose une hiérarchie des connaissances, valeurs et système sociaux. Il ne peut y avoir de progrès scientifique si l’on refuse d’admettre qu’un énoncé scientifique est supérieur à un autre sur l’axe de la vérité, si l’on ne fait pas de hiérarchie entre la théorie chrétienne d’un homme créé par Yahvé à son image à partir de poussière au sixième jour de la Création et la théorie de l’évolution. Il ne peut y avoir de progrès moral si l’on considère, par exemple, qu’un groupe qui tolère les viols d’enfants et un groupe qui les combat se valent sur le plan moral, au prétexte qu’il n’y aurait dans le fond aucun critère universel de hiérarchisation morale des comportements humains. Il ne peut y avoir de progrès social si l’on estime qu’une société qui institutionnalise l’esclavage ne vaut pas moins qu’une société où l’on sanctifie les libertés individuelles, le consentement, et le droit de chacun à disposer de lui-même.

Le relativisme culturel est une instrumentalisation particulièrement tordue de valeurs universalistes (le respect de la dignité de chacun, le droit de chaque peuple à disposer de lui-même) à des fins anti-universalistes, et plus précisément dans le but de détruire l’Occident, principal moteur de création et de diffusion de concepts universels. Le relativisme culturel, c’est l’idée qu’on ne devrait pas hiérarchiser les discours, les vérités, les croyances, les mœurs, les modèles de société, au motif que ce serait insultant pour certaines cultures, que ce serait suprémaciste, voire raciste, et donc contraire à l’impératif de respect de la dignité humaine. Le relativisme culturel ne gagne de terrain que parce que les prétendus universalistes sont trop timorés dans leur universalisme pour répondre franchement aux serpents relativistes qu’en effet, les notions mêmes d’universalité et de progrès sont bel et bien des suprémacismes, qu’il n’y a aucun mal à cela, et que ce suprémacisme est une condition d’existence essentielle de toute forme de progrès humain.

La plus grande poussée universaliste en Occident a été celle de l’Empire romain. L’universalisme unificateur et normalisateur de Rome a permis l’avènement des sociétés modernes. L’Empire romain a diffusé l’universel à la fois à l’intérieur de ses frontières, mais aussi bien largement au-delà, dans le temps et l’espace. L’universel, c’est ce qui fascine par-delà les terres et les mers aussi bien que des millénaires après la fin d’un empire.

Le christianisme s’est servi du rayonnement culturel de Rome pour diffuser une idéologie parasite qui est celle de l’indifférenciation. Là où Rome unifiait et inspirait, le christianisme entend uniformiser et indifférencialiser. Le noyautage de l’universalisme par cette religion orientale est tel que celle-ci a associé le nom même de son église à l’adjectif grec katholikos, signifiant universel.

L’universalisme est une aspiration qui nous a apporté tant de bien-être, de libertés et de prospérité qu’il est devenu l’enrobage le plus répandu pour nous faire avaler toutes sortes d’idéologies et de projets délirants qui ne sont que des perversions du sens originel de ce concept. Ce qu’on nous vend comme de l’universalisme sont en fait des totalitarismes.

Ainsi, la gauche mondialiste nous présente sous le nom d’universalisme le projet de mélange forcé des races et des cultures, projet nécessitant l’avènement d’un homme nouveau, ce nouvel aryen qu’est le métis, présenté comme supérieur à toutes les cultures « consanguines ».

Derrière ce fétichisme quasi-religieux du métissage, il y a le rêve pervers inavoué de bourgeois souhaitant la création d’êtres identiques, déracinés et substituables, une masse homogène facile à comprendre, à modeler, à déplacer et à dominer. Toutes les formes de résistance pacifique à ce projet totalitaire sont criminalisées et réprimées sous la qualification pénale d’incitation à la haine.

L’universalisme perverti, c’est l’usage de techniques d’ingénierie sociale dans le but de reprogrammer en profondeur la pensée, les croyances, les savoirs, les valeurs, les émotions, les aspirations, la sensibilité des individus, pour les uniformiser de force. Le catéchisme, qu’il soit chrétien ou qu’il se fasse passer pour laïc, est un outil bien connu de cet attirail totalitaire.

La censure sous toutes ses formes l’est également : mises à l’index, autodafés, interdictions d’étudier tel ou tel domaine, phénomène ou hypothèse, persécutions idéologiques, procès politiques, mises au ban professionnelles, et désormais, interdiction de nombreux mots-clés, idées, thématiques sur les réseaux sociaux. Toutes ces mesures de restriction de la liberté d’expression visent à faire sortir certaines idées de notre horizon mental, à enfouir certains concepts dans le domaine de l’impensable, à rendre toute idée « déviante » incompréhensible et même insupportable.

L’usage même des plus élémentaires structures logiques de la pensée est en passe d’être criminalisé puisqu’elles font obstacle au projet totalitaire mélangiste. Les slogans « il ne faut pas généraliser » et l’accusation « tu fais des amalgames » sont répétés en boucle dans les médias, et chacun est appelé par les « campagnes de sensibilisation » (reprogrammation des sensibilités) à faire la police des amalgames à son niveau, à rappeler à l’ordre tout auteur de généralisation au sein de sa famille, ses amis ou collègues. Lors des procès politiques, il faut par-dessus tout prouver au tribunal qu’on ne s’est pas rendu coupable du crime de généralisation pour échapper à la condamnation. Il s’agit ni plus ni moins qu’une criminalisation de l’induction, qui est une des opérations logiques fondamentales du cerveau humain, sans laquelle nulle pensée organisée, nul discours sur les objets sensibles ne peut être articulé. La généralisation et la formulation d’exceptions sont indissociables l’une de l’autre, et elles sont aussi nécessaires à la réflexion humaine que ne le sont l’inspiration et l’expiration à la respiration humaine. 

Si l’universalisme peut être instrumentalisé pour faire accepter des projets totalitaires délirants, il n’en reste pas moins que l’Occident sans universalisme ne serait plus l’Occident.

Bien loin de l’évangélisation et du projet mélangiste, l’universalisme occidental moderne consiste en la propagation à distance de normes, de conventions, d’une idée précise des droits de l’homme, et en l’ingérence humanitaire pour les préserver.

Quand l’impérialisme américain est critiqué, c’est en fait le plus souvent l’Occident tout entier qui est attaqué. L’invocation des droits de l’homme fait ricaner ceux qui ont ont baigné toute leur vie dans l’insouciance, mais qui oserait nous regarder dans les yeux et dire que les génocides ne sont pas un problème, que l’excision est un non-sujet, que les viols de masse n’ont aucune importance ou que les crimes contre l’humanité sont une blague ? Le dénigrement des droits de l’homme ne s’exprime qu’allusivement, sur le mode de la connivence ironique entre gavés du monde, ou de manière plus appuyée derrière le masque de l’anonymat.

C’est dans la nature universaliste et libérale de l’Occident que de garantir des droits fondamentaux à tous les humains sur terre. Pour jouir de ces libertés fondamentales, on ne leur demande pas de devenir nous ni de venir chez nous.

Des générations entières de volontaires dans les armées occidentales vouent leur vie à préserver la paix dans le monde, à défendre les droits humains élémentaires et à combattre les menaces extérieures pesant sur l’Occident à travers des interventions. L’Occident, États-Unis en tête, possède les meilleures armées au monde, composées de soldats de métiers ayant signé pour se battre jusqu’au sacrifice ultime s’il le faut.

Par leurs interventions partout dans le monde, les armées occidentales défendent nos intérêts à l’étranger, pèsent dans les bras de fer diplomatiques face aux pays hostiles et se renforcent de l’irremplaçable expérience des conflits armés.

Une armée qui n’intervient jamais s’atrophie et décline, rendant les citoyens vulnérables aux attaques de n’importe qui. Au lieu d’attendre passivement que des avions détournés s’écrasent sur ses villes, l’occidental anticipe, destitue des tyrans et fait trembler leurs semblables, qui pourraient être tentés par le terrorisme ou le développement de l’arme nucléaire.

L’interventionnisme occidental est la meilleure illustration de la concomitance entre nos intérêts et l’universalité des droits humains.

L’universalisme, c’est le phare occidental qui rayonne sur le monde. Les ténèbres de l’obscurantisme n’enrichissent pas cette lumière. Quand le monde de la nuit vient s’agglutiner comme des papillons autour d’une lanterne, il en étouffe la lumière et c’est la fin de l’universalisme.

L’universalisme, c’est donc avant tout la préservation de l’espace vital du peuple créateur. Pour que les savoirs et les valeurs universelles continuent à rayonner sur le monde, il faut en préserver les conditions d’existence.