3.3 La capacité autocritique

L’autocritique est nécessaire à l’accomplissement de tout progrès. Toute avancée requiert, sinon le rejet, du moins l’interrogation des normes précédentes. On observe au cours de l’histoire de l’Occident une concomitance frappante entre la suprématie et l’autocritique, comme si ces deux mouvements étaient indissociables l’un de l’autre. Plus l’homme blanc a surpassé et dominé, plus il s’est remis en question.

La découverte du Nouveau Monde fut à la fois un moment de conquête brutale et un moment de vertige, de décentrement et de retour critique sur soi. À peine avait-on découvert les Indiens anthropophages d’Amérique que Montaigne, dans le chapitre « Des cannibales » de ses Essais, se demandait si la coutume, à nos yeux si barbare, de capturer au terme des batailles les chefs de guerre ennemis pour les traiter avec mille prévenances, des mois durant, avant de finalement pratiquer sur eux un rituel de mise à mort et de cannibalisme, n’était pas au fond plus civilisée que les exactions commises par grand nombre de seigneurs européens lors des guerres de religions qui opposaient catholiques et protestants. « Mais quoi, ils ne portent point de hauts-de-chausses ! », s’exclamait malicieusement Montaigne, sous-entendant par là que si nous les jugions sauvages, c’était surtout parce qu’ils allaient presque nus.

L’autocritique est à la société ce que le renouvellement cellulaire est à l’organisme. Les cellules défectueuses ou mortes sont dégradées et remplacées par les nouvelles cellules dont l’organe a besoin pour fonctionner. La destruction et la production marchent de pair pour permettre à la vie d’être assurée. L’autocritique déréglée est à la société ce que la tumeur est à l’organisme : les cellules cancéreuses se développent au détriment des autres cellules, jusqu’à causer la mort de l’organisme.

De même, la xénophobie est à la société ce que le système immunitaire est à l’organisme. Les éléments étrangers qui menacent la survie du corps sont traqués et détruits par les globules blancs, sans quoi ils se multiplieraient et envahiraient le corps au point de le tuer : c’est l’infection. Le refus de toute xénophobie a les mêmes effets sur la société que le Syndrome d’Immuno-Déficience Acquise (SIDA) produit sur le corps humain : un système immunitaire qui ne fonctionne plus, laissant tout loisir aux bactéries et aux virus de coloniser les organes, et la personne meurt de n’importe quel microbe, y compris de microbes qui en temps normal ne la tueraient pas. À l’inverse, la xénophobie déréglée, c’est comme les maladies auto-immunes : le corps réagit comme s’il était agressé par un agent extérieur, alors que ce n’est pas le cas : il attaque les cellules saines de l’organisme et les détruit comme si elles étaient des corps étrangers nocifs. C’est ainsi que fonctionne par exemple le racisme social de la bourgeoisie blanche envers le prolétariat blanc, ou bien le nazisme, qui fut le pire génocide blanc de l’histoire.

Mais la question du « juste milieu » est superflue voire même nocive. Ce n’est pas de « xénophobie modérée » ni « d’autocritique modérée » dont nous avons besoin, mais de xénophobie et d’autocritique correctement ciblés, orientés dans une juste perspective : celle de la liberté du peuple européen.

Lorsque la menace extérieure est extrême, la réponse xénophobe modérée n’est pas une réponse appropriée. Il faut une xénophobie radicale pour se défendre d’une menace extrême. On ne riposte pas à l’attentat de Charlie Hebdo par des appels à fonder un islam de France.

Lorsque la menace intérieure est extrême, la réponse autocritique modérée n’est pas une réponse appropriée. L’Europe n’a pas extirpé la tumeur chrétienne par la méthode douce, mais par de grands sacrifices et des mesures radicales d’exclusion de tous les religieux des sphères politiques.

La pire transformation que la maladie chrétienne ait provoquée en parasitant l’Occident, c’est d’avoir flétri notre aptitude à l’autocritique en la transformant en une psychose malsaine de la repentance. Défigurée et corrompue par l’évangile, ce qui était une formidable qualité civilisationnelle a été réduite à une suicidaire pénitence autoflagellatrice, répondant au refrain du péché originel et à l’obsession perverse de la faute. L’Occident hanté par le christianisme ne cesse de demander pardon pour son irréparable péché de suprématie universelle.