2.5 Le peuple de l’acier

Vae victis. L’Europe s’est dessinée à travers d’incroyables guerres fratricides qui ont forgé son âme d’acier dans un creuset de violence. Des guerres tribales barbares à la guerre du Péloponnèse en passant par les gigantesques guerres civiles romaines, la renaissance la plus fantastique se faisant dans le pays des vendettas et des condottieri tandis que la première conquête continentale moderne par guerre éclair vint d’une France déchirée par la Révolution. Aucun peuple n’a autant maîtrisé l’art de la guerre que le peuple européen.

Les guerres fratricides ont formé en nous un sang d’acier, de pionnier, de conquérant, de colon. La colonisation a aboli l’esclavage partout dans le monde et a mis fin à la piraterie barbaresque, permettant le commerce et la prospérité. Les européens ont eu le monde à leurs pieds mais ils ont choisi de le civiliser et d’assurer des droits aux autres groupes humains.

Toutes les guerres décoloniales ont été des défaites militaires pour les insurgés. C’est la volonté politique décoloniale et l’opinion publique civile des blancs qui ont poussé à se retirer. L’européen a décolonisé parce qu’il était moralement supérieur : il a accepté de donner l’indépendance à tous les peuples dominés, tout en essayant de garantir la paix dans le monde, d’éradiquer la faim et de vaincre les épidémies.

Ne sont reprochées aux européens que des choses qu’ils ont été les seuls en mesure de faire, ce qui équivaut à reprocher aux européens d’avoir été les plus forts. Chaque reproche fait aux peuples blancs est une reconnaissance de leur suprématie.

Une des apologies involontaires des européens les plus amusantes est celle qui présente comme une évidence l’idée que les Chinois seraient pacifiques et supérieurs moralement parce qu’ils utilisaient depuis des siècles la recette de la poudre noire pour faire des feux d’artifice, quand les impitoyables européens ont enrichi la formule en salpêtre pour créer l’artillerie et les armes à feu individuelles.

Les européens ont développé un savoir unique dans la guerre. Les grands bouleversements de l’histoire militaire, la plupart des techniques de combat et des arts martiaux anciens ayant une utilité pratique viennent des européens. Malgré des siècles passés à tenter de déformer le culture européenne, l’Église catholique n’a jamais réussi à remplacer l’Iliade par sa bible dans nos cœurs. Notre âme est indifférente aux querelles de bergers palestiniens. Elle est faite de récits mythiques, de tragédies poignantes, de légendes anciennes, d’épopées fabuleuses, de sagas héroïques et de quêtes chevaleresques incroyables. Le récit de la guerre de Troie est emblématique de notre culture martiale.

Nous ne vibrons pas devant la circoncision d’un enfant divinisé ni la crucifixion d’un jeune juif agitateur, mais notre âme est fascinée par les destins d’empires tranchés par la lame de héros. L’Occident, c’est Alexandre le Grand à la tête de ses hetairoi à Gaugamèles, cherchant à atteindre physiquement le roi perse Darius III et le poussant à s’enfuir.

De même qu’on oublie que Sparte était la capitale grecque de la musique et de la danse, les prouesses militaires de l’Occident font oublier son raffinement civilisationnel. On prête plus facilement aux peuples inférieurs militairement des qualités de pacifisme et d’art de vivre.

L’Occident a pourtant toujours eu cette subtilité civilisationnelle d’être champion de la guerre tout en considérant le bellicisme stérile comme une arriération barbare, de chanter les louanges des guerriers et de pleurer les morts. Nous sommes la civilisation des trophées de guerre et des mémoriaux mortuaires. Celle de l’Arc de Triomphe au-dessus du tombeau du soldat inconnu. Celle qui ne s’est pas bornée à chanter les louanges de ses rois mais qui a très tôt rendu hommage à la bravoure de ses plus modestes soldats.

L’Europe a été la forge de l’humanité : son peuple métallurgiste s’est modelé en même temps que les métaux qu’il travaillait.

L’européen est celui qui inventa la cotte de mailles, transformant l’acier en étoffe liquide pour en faire sa seconde peau argentée.

Celui qui a forgé des carapaces d’acier pour résister aux armes blanches, avant d’inventer les armes à feu pour les perforer. Celui qui a fabriqué des monstres blindés pour résister aux armes à feu, puis des armes anti-char pour les pulvériser.

Celui qui a construit des forteresses médiévales pour résister aux envahisseurs, puis l’artillerie lourde pour les faire tomber. Celui qui a fabriqué des citadelles angulaires résistant aux tirs directs des canons, puis les mortiers aux tirs paraboliques et les obus fusants pour arroser d’éclats les défenseurs depuis les airs.

L’européen est celui qui a apporté la guerre sur terre et sous terre, sur mer et sous mer, ainsi que dans les airs. Celui qui a apporté le feu des enfers sur les champs de bataille, du feu grégeois au largage de napalm, des pots de poix incendiaires aux tempêtes de feu de bombes au phosphore, des contre-sapes explosives jusqu’à la bombe nucléaire.

L’européen a tant développé sa puissance destructrice qu’il a fini par abolir la guerre elle-même, en faisant entrer l’humanité dans l’ère de la paix nucléaire.

Pour la première fois de l’Histoire, nous vivons dans le luxe de n’être menacés par aucune guerre.