12.9 La restauration d’un univers mental européen

Nous devons accompagner l’éveil spirituel des occidentaux par la restauration d’un univers mental blanc fait de récits historiques, de contes, de mythes et de rites tirés plus ou moins directement des légendes et des religions anciennes, mais aussi de rêves de conquête, d’aventures pirates, d’exploration des confins de la Terre et de l’Univers, d’évasion et d’exotisme, qui font partie intégrante de notre culture.

Cette régénération de notre univers mental doit refermer les blessures infligées à notre âme par la déculturation chrétienne et par la déconstruction gauchiste.

Notre imaginaire collectif peut être rétabli par un travail culturel synesthésique. En d’autres termes, nous devons le développer par un soin de chaque perception : la vue, l’odorat, le goût, l’ouïe et le toucher.

En premier lieu, nous devons flatter nos yeux en les exposant à toute la beauté dont nos artistes sont capables : sculptures, peinture, architecture… Ce qui a été enlaidi peut être défait, ce qui a été détruit peut être reconstruit. L’argent public alloué à la culture doit se focaliser sur les arts classiques, ceux qui sont universels, appréciables et accessible à chacun. Les arts alternatifs et underground seront les bienvenus mais ne devraient par définition jamais souffrir de la rigidité stérilisatrice d’un financement public au risque d’y succomber. La subversion cesse d’être subversive à l’instant où elle est institutionnalisée. Toutefois, un développement général des formations artistiques et une déprécarisation de masse du métier d’artiste permettra une liberté sans précédent, loin du dirigisme ministériel étouffant. Ceux qui caressent nos âmes doivent être délestés de la préoccupation alimentaire du quotidien.

Une attention particulière doit être accordée au sens subtil de l’odorat. Il faut s’assurer que les lieux fréquentés tous les jours par le peuple ne dégagent pas les odeurs nauséabondes de certains métros, de certains quais de gare. Nous pouvons combattre la pollution olfactive d’une part par une hygiène générale des surfaces fréquentées, mais aussi par la multiplication de compositions florales, en intérieur comme en extérieur. À l’aube du IIIe millénaire, nous ne pouvons pas nous contenter de prétendre qu’il est impossible de respirer des parfums de plantes, d’avoir des environnements aérés et parfumés par la nature. Les bosquets fleuris sont autant d’œuvres d’art végétales qui feront vivre des pépinières, des fleuristes et des jardiniers au précieux service de nos narines.

Quelle saveur aurait la vie sans la gastronomie ? Nous devons entreprendre un travail de mise en valeur de nos spécialités régionales et de redécouverte de l’esprit de la cuisine européenne. Nous devons déchristianiser notre alimentation, en finir avec la psychose diététiste et viser une alimentation variée, saine et satisfaisante. De grands progrès ont déjà été accomplis en matière d’agriculture, de respect de la nature, de multiplication des variétés, de récolte et de conservation. Nous devons poursuivre la libération de nos papilles en retrouvant la cuisine épicée de nos ancêtres, au lieu d’associer avec ignorance les épices à l’étranger. Le safran, originaire de Crète, est une épice indigène européenne qui jadis était cultivée partout en Europe, de l’Hellespont à l’Outre-Manche. Nous devons également garder l’esprit ouvert et apprécier les plats du monde pour ce qu’ils ont de vraiment exotique, et non pour des habitudes alimentaires desquelles le christianisme et la bourgeoisie nous ont tout simplement coupés. Les cantines gérées par l’État doivent mettre à l’honneur les richesses culinaires régionales de nos territoires. Les États occidentaux doivent développer la recherche culinaire des saveurs d’antan, et reconstituer les spécialités oubliées, ce qui développerait le tourisme gustatif et les échanges culturels au sein de l’Occident et du monde.

Notre ouïe doit redécouvrir les mélodies et les rythmes anciens de la musique européenne en sortant de la rigidité d’une musique classique muséifiée. La musique classique tout comme les sons et chansons folkloriques doivent être enrichis par le talent de nos compositeurs et interprètes. Un vaste chantier de reconstitution musicale est déjà en cours avec la participation spontanée d’un nombre croissant de groupes musicaux. Les États occidentaux pourraient financer directement la recherche musicale des ambiances sonores de diverses époques, les offrir au domaine public, diffusables à souhait dans les documentaires, les films, les séries et les podcasts culturels.

D’aucune façon nous ne devrions oublier le toucher, ce sens qui nous renvoie au matériel, à la texture, à la consistance et au sentiment du concret. Chacun peut favoriser les tissus naturels, les innombrables variantes de rigidité et de douceur, le maintien comme le tombé des vêtements. On peut imaginer des vêtements confortables, des tenues pratiques, adaptées aux exigences de la vie moderne mais rappelant la dolce vita antique ou l’authenticité médiévale, mais aussi des vêtements intemporels et futuristes. Les éphémères et futiles modes bourgeoises ont cédé le pas à la liberté de suivre le style vestimentaire que l’on souhaite. L’importance des matériaux, que ce soit la pierre, l’argile, les métaux ou le bois dans la construction et dans les objets qui nous entourent, sont aussi particulièrement important pour l’éveil sensoriel de nos enfants, ainsi que des jouets de qualité et de textures diverses. Les bâtiments publics ne devraient jamais avoir l’air d’être fabriqués en matériaux jetables bas de gamme ; ils doivent au contraire inspirer le respect et exprimer la grandeur du peuple pour et par lequel ils ont été édifiés, en privilégiant les matériaux nobles, naturels et durables qui ont fait leurs preuves au cours de l’histoire de notre continent. L’architecture publique occidentale du XXIe siècle ne doit pas être une fuite en avant mais une quête d’éternité.

D’une façon générale, et par tous les sens mis en valeur, l’européen doit retrouver son ancrage culturel dans un rapport complètement décomplexé à l’altérité et à l’exotisme, aux emprunts et aux échanges culturels. L’exotisme aide à mieux nous connaître, à mieux appréhender notre propre sensibilité et nos goûts charnels pour les charmes de l’Europe éternelle.