12.8 La religion ancestraliste : vers une spiritualité rationnelle européenne

Les pays occidentaux se sont libérés du christianisme totalitaire, en jetant au sol la domination cléricale directe et les monarchies absolues de droit divin. Partout en Occident, les églises se vident et le christianisme est en passe de n’être plus qu’un mauvais souvenir. Pourtant, les européens massivement athées restent encore attachés à certaines fêtes et à certaines traditions, tandis qu’ils en abandonnèrent d’autres dès lors qu’ils ne furent plus forcés d’y participer.

Halloween, Noël et le carnaval sont trois fêtes parmi les plus vivaces en Occident. Leur point commun ? Une origine païenne d’Europe.

Le carême, l’ascension, et l’assomption sont trois fêtes dont tout le monde se fout désormais. Leur point commun ? Une origine orientale judéo-chrétienne.

Noël, la galette des rois et le carnaval viennent directement des Saturnales, fêtes romaines qui se déroulaient une semaine avant le solstice d’hiver et qui célébraient le dieu Saturne par de grandes réjouissances populaires. L’esprit de Noël vient de cette tradition : les tribunaux et les écoles étaient en vacances et les exécutions, interdites. Le travail cessait. Des marchés spéciaux avaient lieu, comme les marchés de Noël, et tous les Romains se souhaitaient « Bonnes Saturnales ! ». Les barrières sociales disparaissaient ; on organisait des repas, on échangeait des cadeaux, on offrait des figurines aux enfants et on plaçait des guirlandes végétales dans les maisons, faites de houx, de gui et de lierre.

C’était aussi un grand carnaval où l’ordre hiérarchique des hommes et la logique des choses étaient inversés de façon parodique et provisoire : l’autorité des maîtres sur les esclaves était suspendue. Ces derniers avaient alors le droit de parler et d’agir sans contrainte, libres de critiquer les défauts de leur maître, de jouer contre eux, de se faire servir par eux. Un repas était partagé entre les maîtres et les esclaves et une fève était glissée dans un gâteau ou une galette dont l’aspect rond et doré rappelait le soleil. Celui qui tombait dessus était ainsi désigné roi du festin.

Quant à Halloween, fête très appréciée des européens anglophones et qui revient même en force dans les pays non-anglophones d’où le christianisme était parvenu à la chasser, son origine est la fête celte de Samain marquant le début de la saison sombre et le passage d’une année celtique à l’autre.

On pourrait passer une vie entière à énumérer toutes les fêtes et les pratiques des religions anciennes qui se sont transmises jusqu’à nous malgré leur défiguration chrétienne. Ce qui est important, c’est de noter que toutes les pratiques purement chrétiennes s’effondrent là où les pratiques européennes anciennes survivent ou revivent. La déculturation chrétienne est telle que de nombreux européens se croient attachés au christianisme en lequel ils ne croient pas, simplement parce qu’ils ont de l’affection pour ces pratiques dont ils ignorent la véritable origine païenne.

Le vitalisme naturel des fêtes ancestrales est taxé de « consumérisme » par les mêmes chrétiens qui ne supportent pas de voir leurs rites de mortification désertés. Les européens aspirent à la vie, au vin, à la bière et aux vraies traditions qui leur remplissent le cœur de joie en famille, là où les conservateurs aimeraient les voir pratiquer la « Sainte Quarantaine » du carême, véritable proto-ramadan. Un certain nombre de chrétiens qui s’assument ou qui s’ignorent tentent de culpabiliser les européens qui consacrent leur argent à des célébrations familiales et qui préfèrent offrir des jouets à leurs enfants plutôt que de les mettre au pain sec et à l’eau.

Avide de domination totale, le christianisme s’était substitué aux religions européennes en interdisant et en plagiant les rites ancestraux pour les vider de leur substance. Ce fut une entreprise à double tranchant : pour faire avaler le christianisme à un peuple attaché à ses traditions, les chrétiens ont dû intégrer des éléments païens parmi les rares qui avaient survécu à leur interdiction.

Au fil des siècles, les européens se sont détachés des choses chrétiennes et sont naturellement retournés aux traditions les plus païennes sans même le savoir.

Si la culture européenne ne fut pas intégralement remplacée, c’est parce que le christianisme fut petit à petit digéré par notre âme païenne dans l’univers mental européen, mélangé aux fêtes ancestrales, pondéré par la sensibilité européenne. De la secte juive intégriste proto-marxiste, iconoclaste, ultra-puritaine et ultra-violente qu’était le christianisme des débuts, il n’est resté qu’un système de régence ecclésiastique parasitaire qui finit en quelques siècles par tolérer les représentations humaines puis la nudité des statues, tout en s’ouvrant à toutes sortes de cultes « idolâtres » locaux par le biais du culte des saints. Ayant besoin de pallier la pauvreté de leur univers mental, les chrétiens entreprirent de s’approprier l’héritage gréco-romain pour en revendiquer les racines européennes qui leur faisaient défaut. Par la translatio imperii et studii, le clergé profita de la supériorité civilisationnelle de Rome, de ses institutions, de son art, de son architecture et de sa mythologie pour fasciner et pour s’exporter dans toute l’Europe. Pendant la Renaissance européenne, scientifiques, artistes et mécènes louvoyèrent pour reprendre le travail suspendu, en évitant d’offenser l’Église. Il s’enclencha par la suite un divorce progressif entre l’Église et l’État.

Le christianisme est une greffe qui n’a jamais pris. Nous assistons à la fin de l’ère chrétienne, qui se traduira tôt ou tard dans les calendriers. Un Occident digne de ce nom ne peut plus continuer à compter les années à partir de la date de circoncision du Christ au huitième jour. Il y a une urgence spirituelle à changer d’ère. Le calendrier prépucial doit laisser place au calendrier occidental.

Libérés des fausses racines chrétiennes imposées, les européens se questionnent de plus en plus sur leurs origines, ayant toujours davantage recours à des tests génétiques pour mieux connaître leurs ancêtres après cette longue parenthèse de déconnexion patrimoniale.

Bien que plus personne en Europe ne croie au Dieu-Yahvé depuis longtemps — si tant est qu’on y ait cru un jour — les européens ont une réticence à se définir comme des athées. Plus le christianisme s’évanouit et revient au néant spirituel dont il est né, plus les européens se reconnectent avec leurs racines et leurs traditions ancestrales. Des générations entières d’hommes et de femmes sont imperturbablement fascinés par les mythologies anciennes, par leur histoire, par les documentaires, par les musées et par les séries sur leurs ancêtres. La bonne réputation du bouddhisme montre bien leur respect spontané envers la spiritualité détachée de l’injonction à la foi, cette croyance aveugle obligatoire au profit d’un dieu tout-puissant. Les européens sont des athées spirituels, passionnés par leurs ancêtres, par la science, par la justice, par la liberté et par leur avenir. Seule une partie d’entre eux se déclare athée, en général à reculons, la plupart réticents à déclarer n’être habités par rien, tant ils sentent leur âme imprégnée de visions épiques, de rêves grandioses, de connexion avec la nature et de principes moraux supérieurs.

Les mouvements hippies, new age, païens, néo-bouddhistes et wicca sont les manifestations visibles d’une viscérale aspiration des peuples européens à retrouver la religion ancestrale dont ils ont été privés durant des siècles par le totalitarisme chrétien. La curiosité occidentale pour les religions étrangères non-abrahamiques n’exprime pas tant un goût de l’exotisme qu’une volonté de se faire une idée de ce à quoi ressemble une religion qui ne criminalise pas le corps, qui cultive le lien avec la nature, la communauté et les ancêtres, et qui n’exige nulle soumission à un dogme et à un dieu unique. Tous ces mouvements religieux, majoritairement féminins, sont des tentatives de réparation des liens de transmission spirituelle brisés par le christianisme.

Les européens sont des ancestralistes qui s’ignorent. La mort du christianisme, c’est l’Europe qui renoue avec son destin. Nous reprenons la science et nos rêves blancs là où nous les avions étouffés avec le massacre d’Hypatie par les moines chrétiens et la longue répression terroriste de notre culture, de nos artistes, de nos intellectuels, de nos scientifiques et de nos philosophes européens.

Plus que jamais, nous avons besoin de retrouver une communication intérieure avec nos ancêtres et un sens supérieur à nos vies en sachant d’où nous venons et à quoi nous nous destinons.

L’européen a besoin de retrouver la saine religion du culte de ses ancêtres, une religion héréditaire, privée, rationnelle, réparatrice de culture, permettant de retrouver un lien spirituel avec ses ancêtres en rétablissant la continuité des rites et réjouissances de l’Europe ancienne tout en s’intégrant dans la modernité et ses contraintes, assurant la pérennité du culte à travers une approche pragmatique et directement pratiquable.

L’européen a besoin d’une philosophie de vie et de références communes, de chartes de valeurs et d’un calendrier de festivités privées intégralement compatibles avec la laïcité et la liberté, où rien n’est imposé à personne et où nul clergé ni pouvoir central n’est reconnu, une pratique intime, évolutive et personnelle.

Cet ancestralisme serait une religion de vie, une religion immanente et ethnique diamétralement opposée aux mouvements théopolitiques totalitaires des religions abrahamiques mortifères, et permettant de nous purger l’âme de notre abrahamisme intériorisé.

Nous voulons du vrai futurisme et du vrai ancestralisme. Une vraie vision du futur, et un vrai lien avec nos ancêtres. Pas de ce christianisme sécularisé en gauchisme qui nous ronge de l’intérieur. Les chrétiens ont détruit les religions de cultes des ancêtres, les nommant polythéismes pour brouiller les pistes de leur crime. Les néochrétiens veulent nous faire croire qu’il est haineux d’aimer ses ancêtres.

Avec l’ancestralisme, tous les européens sont les bienvenus, chacun peut avoir sa pratique intime et la transmettre à ses enfants, il n’y a pas de notion de foi, seulement l’amour du sang qui coule dans nos veines et nous éloigne chaque jour du broyeur chrétien.

Les mouvements théocratiques indifférencialistes que sont les religions du livre sont profondément incompatibles avec l’Occident. L’ancestralisme sera une belle façon de leur dire adieu.

Là où ces monothéismes criminels n’ont été que des religions de mort importées d’Orient, l’ancestralisme sera notre religion européenne, rationnelle, conviviale, une religion raciste et féministe d’amour et de paix.