12.5 Le féminisme blanc

Alors que les femmes occidentales sont plus que jamais mobilisées pour défendre leurs libertés face aux agresseurs, harceleurs et violeurs, et qu’une part croissante de l’opinion publique des deux sexes bascule en faveur du féminisme, il se produit une violente contre-offensive misogyne, d’un genre totalement nouveau. Outre l’habituelle haine des conservateurs envers les féministes, on assiste à la montée en puissance de la misogynie de gauche, principalement au nom de la lutte égalitariste antiraciste et de l’anticapitalisme. Ces deux blocs misogynes convergent sur de nombreux sujets relatifs aux femmes et se renforcent mutuellement, créant une véritable synergie antiféministe. Cette convergence des luttes entre conservateurs et gauchistes contre les libertés des femmes porte un nom : le communisme sexuel. Le communisme sexuel est une idéologie transpartisane qui consiste à voir la liberté des femmes à choisir leur partenaire sexuel comme une menace pour la justice sociale, que cette justice sociale soit la société patriarcale hiérarchisée voulue par les conservateurs ou la société parfaitement égalitariste et dénuée de toute discrimination rêvée par les gauchistes.

Dans le paradigme communiste sexuel, la principale source d’injustice en Occident est le libéralisme sexuel, c’est-à-dire le droit des femmes à décider d’avoir des rapports sexuels et de faire des enfants avec qui elles veulent, quand elles veulent, si elles le veulent. Les communistes sexuels, qu’ils soient d’obédience conservatrice ou gauchiste, traitent les féministes de « féminazies », parce que la simple existence des féministes les fait se sentir menacés de génocide : ils savent que si on laisse les femmes choisir leurs partenaires sexuels, ils ne seront pas sélectionnés, et leurs gènes s’éteindront. Le seul fait que les femmes soient libres de leurs choix sexuels et reproductifs est vécu par les communistes sexuels comme une menace pour la société toute entière.

Par l’injure « féminazies » les misogynes accusent les femmes libres d’introduire dans la société une hiérarchie entre diverses catégories d’hommes, ce qui est factuellement vrai, puisque certains hommes plaisent à beaucoup de femmes, tandis que d’autres les dégoûtent. Il existe une inégalité objective entre les hommes en matière d’attractivité sexuelle et matrimoniale, et lorsqu’on ne force pas les femmes à se marier et à ne connaître qu’un seul homme dans leur vie, effectivement, les écarts entre les hommes se creusent. Il existe également des inégalités parmi les femmes en matière d’attractivité sexuelle et matrimoniale, mais nulle femme ne songe à bâtir une idéologie toute entière autour de ce constat ni encore moins à justifier des actes de violence par leur « misère sexuelle » ou affective, pourtant bien réelles. 

C’est le cocktail détonnant de la misogynie et de l’égalitarisme qui provoque la montée du communisme sexuel. Quand on présente la lutte contre toutes les inégalités et toutes les discriminations comme une priorité civilisationnelle, comment s’étonner ensuite que des hommes objectivement rejetés par toutes les femmes — pour des raisons fort légitimes au demeurant — se plaignent de discriminations ? 

Régulièrement, le communisme sexuel donne lieu à des attentats sanglants. Des femmes sont tuées dans des attaques planifiées au fusil, à la voiture-bélier ou au couteau, par des hommes qui revendiquent explicitement la dimension politique de leur acte et leur volonté de punir les femmes de leur liberté sexuelle. Les États ne reconnaissent toujours pas les attentats misogynes comme des actes de terrorisme, alors même que toutes les éléments de définition du terrorisme sont réunis : une revendication politique est formulée, une idéologie est clairement identifiable, les attaques sont préméditées, et le but de ces attaques est d’envoyer un message de terreur à toute la population. À ces attentats, il faut ajouter les milliers de féminicides commis par des hommes chaque année, qui ne sont pas aussi clairement revendiqués en des termes politiques, mais qui découlent de la même haine du consentement féminin, de la même rage à voir une femme se refuser à eux, soit parce qu’elle les quitte, soit parce qu’elle refuse leurs avances.

Les terroristes misogynes ne sont que la face visible de l’iceberg du communisme sexuel. La pensée communiste sexuelle infuse toute la société et tous les débats publics sur la place des femmes dans la société. Lorsqu’on excuse un criminel, un violeur ou un terroriste en pointant sa « misère sexuelle », on fait preuve de communisme sexuel, car on déclare que c’est un refus sexuel féminin qui est la cause d’un désordre social : la liberté de consentement des femmes est pointée comme une source de discrimination contre laquelle l’homme se révolte en commettant un crime.

Les leaders d’opinion conservateurs se font les porte-voix du communisme sexuel lorsqu’ils prétendent que l’insécurité et l’immigration de masse ont été provoquées par les femmes, parce qu’en donnant aux femmes les mêmes libertés qu’aux hommes, elles cesseraient de « rester à leur place », la société se « féminiserait » et l’autorité phallique ne pourrait plus assurer l’ordre dans la société. Même si ce sont des hommes bourgeois qui ont organisé le laxisme judiciaire et le remplacement ethnique, les conservateurs arrivent à accuser les femmes, grâce à la magie du communisme sexuel, grâce à la croyance selon laquelle les désordres sociaux viennent des femmes qui refusent la place de fours à bébés soumises à leur père puis mari que la société chrétienne « traditionnelle » leur assignait auparavant.

Le féminisme occidentaliste est le seul qui offre aux féministes des armes contre le communisme sexuel et contre le musèlement de la parole féministe au nom du vivre-ensemble. Le féminisme de gauche, malgré tout ce qu’il a pu apporter aux femmes au cours de l’histoire, est trop inféodé à l’agenda égalitariste antiraciste pour pouvoir riposter à la guerre sale que les communistes sexuels leur mènent sur tous les fronts. Les féministes de gauche sont, comme toute la gauche, persuadées que les violences dans notre société proviennent des inégalités, et qu’il faut par conséquent, pour mettre fin aux violences misogynes, militer pour toujours plus d’égalitarisme dans tous les aspects de la société (classe, richesse, sexe, races…). Parce qu’il existe des inégalités dans notre société occidentale blanche libérale et capitaliste, les féministes de gauche croient qu’il faut « déconstruire » la « suprématie blanche » en Occident et détruire capitalisme et libéralisme, afin de faire cesser les violences misogynes. C’est du moins ce que leurs camarades gauchistes leur ont promis. 

Sauf que dans les faits, la cause antiraciste, anti-occidentale et anticapitaliste a provoqué l’explosion du communisme sexuel, c’est-à-dire la perception du refus sexuel féminin comme une inégalité et une discrimination insupportable ouvrant le droit à une vengeance physique. De plus, le projet de « déconstruire la suprématie blanche » a mené les féministes de gauche à se soumettre intégralement à l’agenda antiraciste. Or la cause antiraciste est avant tout un outil servant à organiser le laxisme face aux violences masculines et l’omerta autour des violences machistes commises au nom de cultures patriarcales importées, dont notamment la culture islamique. 

Toutes les féministes qui tentent de dénoncer ces violences et leur dimension systémique sont accusées de racisme, écartées de la sphère politique, éjectées des associations, privées de financements, blacklistées par les médias, quand elles ne sont pas carrément traînées devant le tribunal. Toute parole honnête et objective sur la misogynie islamique constitue en soi une « incitation à la haine », même quand on l’exprime de la manière la plus polie et la plus pacifique qui soit, car, en effet, toute connaissance précise des immondices proférées à l’endroit des femmes dans les textes islamiques ne peut que pousser une personne sensée à haïr l’islam. 

Quand on se fixe pour objectif de « déconstruire la suprématie blanche » comme le fait la gauche, on doit renoncer à hiérarchiser les cultures. Dénoncer la responsabilité de l’islam et de cultures extra-européennes dans un certain nombre de violences misogynes revient donc dans ce paradigme à porter des jugements négatifs sur des cultures non-blanches en se prévalant de normes culturelles occidentales. L’universalisme et le refus du relativisme culturel sont une forme de suprémacisme blanc. La soumission à l’agenda de la gauche empêche donc les féministes de porter librement un jugement sur un certain nombre de violences et idéologies misogynes. Les féministes de gauche qui tentent de sauver l’universalisme sont de plus en plus marginalisées en politique et dans les médias, et consacrent l’essentiel de leur énergie à se contorsionner pour prouver qu’elles ne sont pas racistes. Elles sont péjorativement qualifiées de « féministes blanches » par la gauche. 

Seul le féminisme occidentaliste assume d’être un féminisme blanc et refuse de se justifier face à des gauchistes défenseurs de la burqa et complices des excisions. Seul le féminisme occidentaliste permet de s’affranchir de cette tyrannie antiraciste et défend ouvertement le suprémacisme blanc que constituent le féminisme et l’humanisme.

L’antiracisme est toujours un virilisme et le féminisme menace toujours le projet final des antiracistes. Sous sa forme gauchiste, l’antiracisme est le rêve d’une fraternité interraciale entre tous les hommes devenus parfaitement égaux ; mais si les femmes sont libres, alors il subsistera toujours une inégalité entre les hommes en termes d’accès aux corps des femmes : les hommes laids, violents, stupides et malodorants seront toujours discriminés. Sous sa forme conservatrice, l’antiracisme est un fantasme de communion virile interraciale : les hommes conservateurs fantasment la virilité des hommes issus de cultures ultra-violentes envers les femmes, notamment la culture islamique, et ils se réjouissent que ces hommes viennent en masse « punir » les femmes occidentales de s’être rebellées contre le vieux patriarcat chrétien. 

La société antiraciste mélangiste fonctionne selon un pacte que les femmes n’ont jamais signé et que la bourgeoisie exige qu’elles respectent. Ce pacte est le suivant : « Hommes des pays les plus patriarcaux du monde, venez dans notre pays nous fournir une main d’œuvre bon marché et nous enrichir culturellement, et installez-vous dans les quartiers des prolétaires blancs ; femmes et hommes du prolétariat blanc, accueillez-les dans vos quartiers, cohabitez avec eux dans vos immeubles, faites en sorte qu’ils se sentent comme chez eux, acceptez-les comme ils sont, et ne dites rien qui puisse froisser leur ego racial et religieux. »

Hommes et femmes naissent mélangés dans une même famille et c’est la misogynie qui les sépare. Les races naissent séparées de par le monde et c’est le dogme mélangiste qui les force à s’entasser. Les femmes occidentales n’ont pas à accepter un remplacement ethnique qui leur a été imposé par les hommes de la bourgeoisie blanche ; elles n’ont pas à se taire devant le harcèlement et les agressions insupportables qu’elles subissent par la diversité machiste dans toutes les grandes villes européennes ; elles n’ont pas à subir en silence l’islamisation de leur quotidien. Les féministes occidentales n’ont pas à adapter leurs discours féministe pour éviter de froisser l’égo racial et religieux des millions d’hommes violemment misogynes avec lesquels on les force à cohabiter. 

Le féminisme occidentaliste, ou féminisme blanc, milite pour se débarrasser des carcans mentaux antiracistes afin de bâtir un féminisme adapté aux enjeux du XXIe siècle, intransigeant face au fléau du relativisme culturel, et un féminisme solide, car non-enchaîné au destin de la gauche agonisante. C’est par cette intransigeance que le féminisme occidental pourra continuer à vivre, à se développer à et rayonner dans le monde entier, rendant ainsi service à des centaines de millions de femmes extra-occidentales désireuses elles aussi de s’organiser collectivement contre les oppressions machistes dans leurs pays, en s’appropriant ce que bon leur semble du féminisme occidental et en apportant leur propre vision, adaptée aux besoins locaux.

Le féminisme occidentaliste libère la parole des femmes sur les violences et les oppressions qu’elles subissent, en rejetant toute forme d’injonction à protéger l’égo racial, religieux, sexuel de leur agresseur, ou toute autre forme d’injonction à « ne pas généraliser », à ne pas « faire d’amalgames ». Le féminisme occidentaliste milite pour la culture du consentement et assume de faire passer les libertés des femmes occidentales avant tout.

La liberté d’expression intégrale revendiquée par le féminisme occidentaliste est essentielle pour garantir le droit des femmes à critiquer toutes les idéologies qui menacent les libertés des femmes. L’autocensure sur l’islam couplée au souci d’égalité entre les religions a entraîné une autocensure des féministes de gauche sur le christianisme. Il est temps que le féminisme occidental renoue avec ses racines blasphématrices.