12.14 Transhumanisme, humanité préservée et immortalisme

Notre avenir soulève énormément de questions qui doivent être anticipées. Pour aider le progrès il faut anticiper les avancées avant que les conservateurs ne s’y opposent et n’instrumentalisent la peur atavique de l’inconnu. Nous devons par exemple préparer l’opinion publique à l’utérus artificiel avant même qu’ils n’aient l’occasion de manifester contre et de déverser leur affolement moral. Les conservateurs auraient l’air encore moins crédibles s’ils anticipaient leur lutte technophobe et s’agitaient au sujet de lointaines questions. En revanche, promouvoir des avancées futures fidélise les gens, développe leur réflexion, les habitue, les sensibilise, et dissipe leur naturelle peur de l’inconnu avant même que les conservateurs ne tentent de les recruter pour freiner le progrès.

De plus, si nous laissons le progrès à la gauche, nous aurons un futur minable, fait de décroissance, de limitations, d’interdits moraux et d’entraves à la science au lieu de bénéficier d’un futur expansionniste, repoussant sans cesse les limites et ne connaissant aucune autre préoccupation que la sécurité, le bonheur et la liberté de tous. Tout projet qui ne mettrait aucune de ces choses en danger n’a pas la moindre raison d’être ralenti par aucun comité moral ni aucune réticence de réflexe instrumentalisée à des fins technophobes.

La médecine doit s’émanciper de l’obligation chrétienne de n’être qu’une médecine réparatrice, pour être en mesure de devenir une médecine amélioratrice, repoussant les limites de la santé et des capacités humaines. En un mot : une médecine transhumaniste.

Le progrès technologique occidental ne cesse d’améliorer le confort et la qualité de vie des hommes, et tôt ou tard le travail sera aboli par la poursuite de la mécanisation et de la robotisation. Ce chômage technologique définitif est le début d’une grande aventure humaine, dans laquelle nous devrons choisir entre notre extinction en tant qu’humanité, ou notre préservation dans un paradis technologique où les robots et l’intelligence artificielle veilleront sur nous tout en continuant de progresser en parfaite autonomie. Ces robots seront nos anges-gardiens contre tout ce qui pourrait nous mettre en danger, en répondant par exemple aux trois lois de la robotique d’Isaac Asimov et John W. Campbell.

Si les humains ne savent définir leur existence que par le travail, alors l’humanité va droit dans le mur. Nous devons accepter dès aujourd’hui que dans un futur relativement proche, nous n’aurons pour autre utilité que de nous préoccuper de notre bonheur, de créer de belles choses, de nous investir en politique, de développer nos connaissances et de nous accomplir en tant qu’êtres humains, et non plus en tant qu’unité de production salariée. Dans ce projet d’une retraite douce de l’humanité où nous n’aurions plus rien à apporter aux machines, le robot ayant surpassé l’homme, nous disposerons d’un temps libre illimité pour nous consacrer à des activités plaisantes et enrichissantes : relations humaines, jeux et simulateurs d’un réalisme irréprochable, sports divers et variés, étude et développement de la philosophie, de la littérature, des arts, et autres gymnastiques intellectuelles pour être et durer, pour se grandir et prospérer. Ce projet paisible et merveilleux s’appelle l’Humanité Préservée.

Les progrès génétiques éloigneront la maladie et les malformations, tandis que notre humanité sera assurée pour l’éternité. Il ne s’agit pas de créer un nouvel homme, ni une humanité parfaite. Il s’agit au contraire de considérer cette humanité qui aura créé ce paradis technologique comme une perfection. Repousser certaines limites, écarter le pathologique mais garder ce qui fait de nous des hommes.

Tout ceci est une réflexion anthropologique qu’il faut dès aujourd’hui amorcer : que serait l’homme sans sa peur de l’obscurité, sans son attirance et sa répulsion pour des choses inquiétantes, sans son désir flamboyant et parfois irrationnel, sans ses insécurités, ses aspirations, ses craintes ou ses regrets ? Tous ces sentiments ne sont pas des défauts mais la définition-même de notre humanité, celle qui nous relie à nos ancêtres.

Libre à ceux qui veulent se connecter à des machines, s’augmenter jusqu’à perdre la raison, essayer de rivaliser avec des robots bien plus performants, devenir des cyborgs et des chimères rétrofuturistes, de le faire. Il ne s’agit pas de les en empêcher. Mais qu’ils n’imposent pas leur course aux augmentations et à la déshumanisation aux humains qui souhaitent rester liés à leurs ancêtres.

Le progrès technique doit apporter l’immortalité à l’humanité. Il n’y a d’immortalité que si cette humanité est fixée, et ne devient pas quelque-chose d’autre. Le transhumanisme doit être autorisé sous toutes ses formes, mais ne doit entraver en aucune manière la préservation des qualités propres à l’humanité ancestrale. Un monde d’humanité préservée de la course aux augmentations doit être rendu possible car l’Univers est assez grand pour ne pas être forcés de subir un nouveau « vivre-ensemble » imposé avec des cyborgs désagréables. Au nom de la liberté de regroupement, toutes les visions du futur sont envisageables, sauf celle d’un projet unique et imposé à toute l’humanité.