12.13 Accompagner la fin du travail

La machine est une amie. Nous vivons dans un monde d’abondance où nombre d’idéologues essayent de nous convaincre que la mécanisation serait une perte de notre humanité. Mais depuis l’aube de notre civilisation jusqu’à aujourd’hui, c’est la mécanisation qui a permis à l’humanité d’éclore et de se réaliser. En mettant au point des outils, des techniques, des machines, l’homme parvient à déléguer à des objets le plus de tâches possible, afin d’en réaliser d’autres plus complexes et de se dégager du temps libre, condition nécessaire de toute créativité, de tout accomplissement humain.

L’Occident, c’est l’histoire de la mécanisation. Parce que la machine était là, parce qu’elle nous a servi d’instrument, nous avons pu créer un monde où toutes nos qualités humaines ont pu se développer. En libérant l’homme de l’esclavage du labeur harassant pour la survie immédiate, la mécanisation restitue à l’homme sa pleine humanité. C’est le confort, la sécurité et la prospérité qu’elle nous apporte qui font de nous des humains qui ont le temps de réfléchir, d’inventer, de créer, d’aimer, de donner de la valeur aux gens autour d’eux, de se soucier de la beauté des choses et de l’harmonie entre les êtres.

Plus nous allons nous mécaniser et robotiser, plus le plein emploi nous apparaîtra comme une idée ridicule et réactionnaire. Vouloir le plein emploi, c’est vouloir s’opposer aux progrès industriels et techniques ainsi qu’aux adaptations sociales.

Sous le double effet du christianisme intériorisé et de 200 ans de dressage stakhanoviste pendant l’ère industrielle, les blancs ont fait du travail leur valeur centrale, au lieu de s’estimer entre eux selon leurs créations, accomplissement, contributions. Le stakhanovisme, c’est ce que les prolétaires écrasés ont développé pour survivre mentalement à l’exploitation bourgeoise en se faisant une raison. À l’heure du chômage de masse, la bourgeoisie encourage ce stakhanovisme car elle pousse les prolétaires chômeurs à culpabiliser individuellement au lieu d’exiger une réponse collective à ce phénomène général.

Il est temps de se détacher de l’obligation biblique que Yahvé a imposée aux hommes, condamnant Adam et tous ses descendants au travail pénible pour subsister. On ne gagne plus son pain à la sueur de son front, à moins de renvoyer tous les employés du tertiaire dans les mines et dans les champs.

Car le blanc, par sa créativité technologique, est en train de détruire cette malédiction. Il n’y a que les religieux et les crétins sécularisés qui ont peur d’être libérés du travail, qui ont peur que la machine et le robot réhumanisent l’homme qui n’était devenu qu’une unité de production de l’ère industrielle. Si l’homme ne veut pas que la machine travaille pour lui, alors c’est l’homme qui travaillera pour la machine.

Un monde sans machine est un monde beaucoup plus rude, où les individus perdent jusqu’à leur valeur d’être vivant. Dans la Grèce antique, l’homme libre, le citoyen, c’était celui qui n’était pas aliéné par le travail, grâce à l’esclavage. La robotisation permet de réhumaniser l’homme sans avoir recours à l’esclavage.

D’unité de production, l’homme va pouvoir se définir comme un être libre et entier.

Autant la productivité et la richesse peuvent augmenter indéfiniment, autant le nombre d’emplois nécessaires n’est pas indexé sur la taille d’une population. Le nombre d’emplois disponibles ne peut pas croître aussi vite que les destructions d’emplois par les gains de productivité obtenus grâce à la mécanisation et à la robotisation.

La fin du travail obligatoire permettra au peuple de consommer sans être l’esclave mental du consumérisme. Le consumérisme n’est pas dû à l’abondance matérielle, il est une souffrance psychique qui naît du couplage de la société de consommation et du manque de temps induit par le salariat. Le consumérisme, c’est la tentative vaine de combler par la consommation un vide existentiel né du manque de temps. Le consumériste tente d’acheter du temps, ou plutôt d’acheter à travers l’objet une expérience qu’il n’a pas le temps de vivre. Il achète des morceaux d’existence rêvée. Le projet occidentaliste vise justement à dépasser ce problème en redonnant du temps aux gens par l’organisation de la fin progressive du travail.

Il est illusoire de s’imaginer que l’on pourra éternellement maintenir une société de plein emploi dans laquelle tout le monde serait salarié à temps plein, à moins de saboter le progrès technique et de nous tiers-mondiser. La mécanisation du travail a mis fin au labeur et supprimé la majeure partie des emplois dans le secteur agricole et industriel. Certaines machines ont remplacé des centaines voire des milliers de travailleurs dans les champs, les mines et les usines.

Cette mécanisation a déclenché la tertiarisation : une multiplication des métiers facultatifs, des ventes de biens et de services de confort. La tertiarisation est déjà un symptôme de la disparition progressive du travail. Le travail est passé d’emplois de nécessité alimentaire immédiate à des emplois de plus en plus virtuels et superflus, destinés à augmenter l’offre commerciale et la consommation. Le travail est de moins en moins lié à la subsistance et à la sécurité du peuple face aux invasions. Ces emplois sont facultatifs et s’inscrivent dans un mouvement de virtualisation du travail. La robotisation va achever de faire disparaître le travail.

Nous avons le devoir d’accepter ce changement en organisant les réformes nécessaires à l’arrivée dans l’ère du chômage technologique de masse. La plus importante de ces réformes est l’instauration d’un revenu de base pour chaque citoyen. Toute tentative de restaurer le plein emploi est un sabotage réactionnaire du progrès technique et donc de notre avenir. Le travail obligatoire est amené à disparaître. Nous devons redéfinir l’humanité autrement que par le salariat de masse.

Le progrès technologique permet de réaliser des gains de productivité exponentiels, ce qui signifie des suppressions d’emplois, et c’est une ineptie de vouloir créer autant d’emplois que la technologie n’en détruit.

Au XXe siècle, le capitalisme a surmonté le problème des crises de surproduction en instaurant la société de consommation ouverte à tous et l’État-Providence. Au XXIe siècle, le capitalisme surmontera le chômage de masse lié à la hausse de la productivité en organisant la fin du travail obligatoire par le revenu universel et la robotisation.