11.8 Le féminisme, pierre angulaire de la droite

L’antiracisme et le communisme ont été bâtis dans la certitude trop profondément ancrée pour être formulée que les femmes accepteraient toujours le statut de monnaie d’échange, de variable d’ajustement et de trophée.

La liberté des femmes ne détruit pas seulement le régime social liberticide voulu par les conservateurs. Elle met aussi hors d’état de fonctionnement toute la machinerie communiste, ce qui a valu aux femmes en général, et aux féministes en particulier, la réputation de traîtresses complices du capitalisme.

L’inégalité face au choix des femmes est la plus grande des inégalités, et la plus indestructible, car la plus naturelle. Les apôtres de l’égalitarisme ne supportent les femmes que dans la mesure où ils attendent d’elles qu’elles ne pratiquent plus la discrimination sexuelle.

Il y a une chose qui fait que le féminisme est profondément de droite, et que la droite ne peut exister sans le féminisme : le choix libre des partenaires sexuels par les femmes. La droite est préoccupée par la liberté avant tout et la gauche par l’égalité. Par conséquent, sur la question de la sélection sexuelle, la droite respecte le choix des femmes sans l’interroger ni exiger de justification, là où la gauche fait peser une lourde pression pour que les femmes prolongent l’égalité sociale en donnant un accès égal à leur corps à tous les hommes, indépendamment de leur communauté, race, religion, classe sociale, apparence, richesse, etc.

Les antiracistes cherchent par tous les moyens à faire comprendre aux femmes qu’elles n’ont pas le droit de discriminer sexuellement les hommes sur un critère racial, sans pour autant avouer explicitement qu’ils ont un profond problème avec le libre choix et le droit au consentement des femmes. La notion de consentement sexuel comporte toujours une dimension raciale, même entre personnes de même race, car lorsqu’une femme dit non à la proposition sexuelle d’un homme, elle lui signifie son refus catégorique de mêler ses gènes aux siens, dans l’éventualité d’une grossesse, qui reste toujours présente dans nos inconscients malgré la généralisation de la contraception. La contraception et l’avortement sont des outils d’émancipation raciale de la femme : par ces moyens, la femme sort de la condition de réceptacle génétique passif que les totalitarismes misogynes veulent lui assigner, et devient un individu, libre de décider seule quand et avec qui elle veut mêler ses gènes et procréer.

Les femmes, y compris les plus égalitaristes, créent par leurs choix une hiérarchie parmi les hommes. C’est pourquoi les femmes seront toujours perçues par les esprits gauchistes comme des dispensatrices de cruauté objective, comme le grain de sable qui empêchera toujours la machine égalitariste de tourner.

Tant que les droits civiques des femmes étaient explicitement inférieurs à ceux des hommes en Occident, il était logique que ce soit la gauche qui accompagne la montée du féminisme, car il ne pouvait y avoir de libération des femmes sans mener au préalable un combat pour l’égalité des droits. Aujourd’hui, le féminisme arrive à maturité et il n’est pas seulement une lutte pour l’égalité : il est un combat pour instaurer une culture du consentement, condition indispensable de la libération des femmes, et pour conquérir du pouvoir. Le cycle égalitariste du féminisme arrive à son terme. Dans le même temps, le gauchisme ayant perdu la bataille de l’abolition des classes, il se réinvestit dans une myriade de luttes égalitaristes incompatibles avec le féminisme : l’égalité entre les tenants de la charia et les citoyens respectueux de la démocratie, les droits des violeurs étrangers à ne pas être expulsés du pays où il commettent un viol et même à obtenir le droit de vote dans ce pays, l’égalité entre l’égo racial et religieux des hommes issus des pays les plus patriarcaux du monde et le droit à la parole des féministes qui dénoncent les violences patriarcales. En somme, on s’aperçoit avec la maturation du gauchisme et du féminisme, que les deux sont incompatibles dans leurs versions développées et radicales. Le féminisme de gauche ne peut exister que dans la mesure où l’on est modérément féministe ou modérément de gauche.

Les grands défis du féminisme du XXIe siècle relèvent davantage de la problématique libertaire que de la problématique égalitaire. La libération de la parole des femmes opérée avec le mouvement Me Too est avant tout un combat pour la liberté d’expression et pour affirmer la liberté des femmes de consentir ou non. Il en va de même pour la lutte contre les violences médicales et obstétricales subies par les femmes, notamment autour de la grossesse et de l’accouchement. Les luttes féministes contre le harcèlement sexiste, contre les violences sexuelles et les violences conjugales consistent avant tout à exiger de l’État et de la société qu’ils garantissent la liberté des femmes de disposer de leur vie, de leur corps et de leur intégrité psychique face à des délinquants et criminels violents.

On assimile constamment le féminisme à la gauche car l’autonomisation des femmes et la défense de leurs libertés requiert une intervention étatique, et parce que ce qui a fait jusqu’ici office de « droite » en Occident n’était qu’un club de bourgeois conservateurs misogynes pseudo-libéraux voulant payer moins d’impôts et détruire les services publics. Sauf que cette vision du libéralisme est biaisée en ce qu’elle repose sur la croyance selon laquelle l’État serait forcément ennemi des libertés naturelles qui découlent d’un état de nature sans État. Or il s’agit là d’un mythe. L’état premier de l’homme n’est pas l’état de nature où chaque individu est totalement libre, mais l’état de culture où divers chefs, groupes, mafias exercent un pouvoir, un contrôle sur autrui, captent leurs ressources, rançonnent, exigent de percevoir des taxes, etc. Les libertés individuelles ne peuvent exister que si elles sont garanties par un État fort. Le féminisme est à la fois une émanation du libéralisme et une condition sans laquelle le libéralisme ne peut se réaliser pleinement dans la société.

En réaction à la conquête par les femmes de leurs libertés, il se produit un phénomène d’alliance misogyne, et même de fusion idéologique, entre les classiques conservateurs et les gauchistes misogynes, qui s’unissent dans la dénonciation du « libéralisme sexuel » des femmes discriminatoires envers certains hommes, dans le mépris pour celles qu’ils accusent d’être des esclaves de la société de consommation, et dans la haine des féministes, qu’ils qualifient de « féminazies ». Les conservateurs haïssent les libertés des femmes car elles menacent l’ordre moral chrétien et les anciennes figures d’autorité patriarcale. Les gauchistes s’opposent à ces libertés parce qu’une société qui donne aux femmes l’entière liberté de choisir et de consentir ne peut en même temps assurer l’égalitarisme racial et l’absence totale de discrimination souhaitées par la gauche. Discriminer, c’est choisir, donc toute liberté de choix sexuel implique une possible discrimination.

Un défi crucial du XXIe siècle est de faire en sorte que femmes et hommes d’Occident soient égaux dans liberté et non dans la servitude.

Le libéralisme sans le féminisme n’est rien qu’une androcratie pseudo-libérale. Le libéralisme intégral est féministe. Le féminisme est d’essence libérale, et le libéralisme n’est complet qu’avec le féminisme. Le féminisme est la pierre angulaire de la droite.