11.7 La culture du consentement

Les libertés individuelles sont intimement liées à la liberté de choisir, c’est-à-dire de consentir ou de refuser.

Plus la démocratie libérale se développe, plus le consentement devient la notion centrale structurant les lois et les règlements formels et informels dans la société. Un exemple permet de mesurer le chemin parcouru : jadis, le viol et les agressions sexuelles étaient punis à titre de crime contre la société, contre la morale publique, contre la vertu et contre l’innocence ; le consentement n’importait pas, de sorte qu’un homme pouvait être acquitté du viol d’une femme malgré quantité de preuves qu’il l’avait forcée, si on arrivait à prouver que cette femme était « de mauvaise vie ». À l’inverse, il arrivait que des hommes soient lourdement condamnés, jusqu’à la mort, pour un rapport sexuel avec une femme pleinement consentante, car on estimait que l’homme avait « ravi » la femme à sa famille honorable, ce qui représentait un crime moral contre la famille et la société. De nos jours, ce genre de décisions nous semble incompréhensible car nous basculons dans une société du consentement. Le consentement n’est pas seulement une notion centrale dans le domaine sexuel. Il est le point cardinal de tous les aspects de la vie en société.

Il est important que la culture du consentement soit instaurée dès la naissance. Le rôle des parents et de la société est d’éduquer l’enfant pour en faire un adulte libre, capable de choisir et de consentir. La contrainte éducative est une nécessité pour faire progresser l’enfant en le libérant de poids de l’ignorance et de l’inadaptation sociale. L’apprentissage de l’autonomie et de la responsabilité est un long processus graduel. En revanche, toutes les contraintes qui ne présentent aucun intérêt pédagogique, sécuritaire ou médical sont des abus d’autorité.

La circoncision des enfants participe à la culture du viol en bafouant le consentement : l’acte de mutiler rituellement le sexe d’un enfant, peu importe la gravité de l’opération, nie la qualité d’individu apte à consentir ou refuser. Cette négation poussera l’individu bafoué à adhérer plus facilement aux théories d’écrasement de l’individu par la masse, comme les lois religieuses et charias abrahamiques.

La culture du consentement implique la liberté de regroupement, c’est-à-dire le droit élémentaire de choisir sa communauté et ses fréquentations, pour peu que cette communauté nous accepte. Être libre de choisir son groupe, c’est la différence entre l’individu libre et l’esclave d’une communauté. Dans un État libéral, toute obstruction au libre choix de son groupe devrait être anticonstitutionnelle.

Toute personne doit consentir à la présence des gens qui l’entourent, et avoir le droit de partir dans le cas où il n’est pas maître des lieux. Le consentement est toujours légitime par lui-même. La culture du consentement, c’est aussi ne pas avoir à donner les raisons de son refus, ne subir de pression pour aucun oui ni aucun non.

Nier le caractère transactionnel et marchand des relations humaines, ou diaboliser la recherche d’intérêts réciproque au nom du désintérêt et du mythe de l’amitié sans services, c’est entraver l’avènement de la culture du consentement. L’injonction à la gratuité, la diabolisation de l’intérêt et la psychose autour de la « marchandisation » ne sont que de la propagande conservatrice destinée à ralentir le parachèvement de la société du consentement.