11.1 Revalorisation de l’acte de parole

La liberté de penser est intimement liée à la liberté d’expression, sans laquelle aucun système libéral n’est possible. En effet, même si on conçoit qu’il y ait des choses qu’on peut penser sans les dire, l’esprit humain est ainsi fait qu’il assure sa survie sociale en refoulant inconsciemment toute parole qu’il ne peut pas prononcer sans s’attirer des problèmes. Une liberté d’expression bafouée a donc une conséquence directe sur la liberté de penser, et c’est donc là une atteinte liberticide au plus profond de l’intimité morale d’une personne.

La liberté d’expression doit cesser d’être une incantation vague. Elle doit être institutionnalisée comme un des piliers de la séparation des pouvoirs nécessaire au bon fonctionnement de toute démocratie, au même titre que le pouvoir législatif, exécutif et judiciaire. Partout en Occident, les gouvernements doivent se doter d’un Ministère du Droit à la Parole Publique indépendant.

Ce quatrième pouvoir indépendant sera chargé de mettre en place une agora publique, à la fois par la télévision et par un réseau social public sur internet. Ce réseau social garantira la pleine liberté d’expression face aux réseaux sociaux détenus par des organismes privés qui la bafouent. Toutes les déclarations officielles et la communication des élus se trouveraient sur cette agora virtuelle.

En fonction de la popularité réelle des citoyens sur le réseau social ainsi créé, le Ministère du Droit à la Parole publique mettrait à disposition ses plateaux de télévision pour accueillir les intervenants élus par le peuple. Le débat bourgeois, qui est une fausse opposition bourgeoise de la gauche face aux réactionnaires, doit céder la place à ces nouveaux intervenants, ces nouvelles têtes, prolétaires de tous bords politiques, dont la participation serait validée par des sondages du public afin d’estimer la proportion de la population qui se sentirait représentée par eux. Il faut mettre fin à la mascarade médiatique qui réserve les plateaux subventionnés aux politiciens professionnels, aux lobbies et aux seuls bourgeois détenteurs d’un carnet d’adresse. L’argent public du peuple n’a pas vocation à porter la voix de la bourgeoisie.

Par ailleurs, si l’on veut revaloriser la parole publique, celle-ci doit redevenir un acte et engager la responsabilité de ceux qui s’expriment. Il n’est pas acceptable dans une démocratie que seuls les plus riches et les plus savants parviennent à porter plainte et à aller au bout de la procédure judiciaire lorsqu’ils sont victimes de harcèlement. Les États ne doivent plus tolérer que les réseaux sociaux entravent le travail de la justice de sorte qu’une victime de harcèlement doive se lancer dans une procédure longue et coûteuse pour obtenir le nom du harceleur.

La revalorisation de la parole publique ne concerne pas seulement le domaine légal, mais aussi les règles et hiérarchies morales qui structurent la vie en société. L’honneur, c’est-à-dire le respect de la parole donnée, doit redevenir un critère important pour juger de la valeur d’un individu, pour déterminer quelle considération on lui porte, quel crédit on lui accorde.

Ne pas tenir ses promesses, qu’on soit un citoyen lambda ou un politicien, c’est grave. De même, douter de la parole d’une personne qui a toujours respecté ses engagements et qui n’a jamais menti, doit être vu comme une offense. Il faut briser ce tabou : il y a des hommes et des femmes de parole, et des êtres humains déloyaux. On ne peut pas douter également d’une personne qui a toujours tenu ses engagements comme d’une personne qui n’a fait que trahir et tromper la confiance de son peuple.

La liberté d’expression ne peut fonctionner que si tout le monde est pleinement responsable de sa parole et que la libre parole est garantie par l’État. La liberté d’expression est un contre-pouvoir essentiel à la vie de toute démocratie en bonne santé.