1.1 Liberté

La Liberté a été le guide et l’idéal absolu de toutes les révolutions et des réformes qui ont façonné l’Occident tel qu’on le connaît. Aussi vitale que fragile, la liberté en Occident est tout sauf un acquis irrévocable. Toute politique qui ne place pas la liberté en tête de son agenda est une politique anti-occidentale. Toute révolution, toute réforme qui ne porte pas clairement la liberté en priorité absolue est une faute contre notre civilisation.

En décalage total avec les aspirations profondes de nos peuples, les organisations politiques institutionnelles mènent en Occident une guerre contre les libertés. Les libertés des occidentaux sont attaquées à la fois par la gauche et par les conservateurs.

La gauche déploie toute son énergie militante à enfermer la politique dans l’obsession des inégalités et des oppressions sous toutes leurs formes, évinçant du débat public le souci des libertés. La gauche hait tout particulièrement la liberté d’expression et la liberté d’entreprendre, ne ratant pas une occasion de bafouer le droit sacré à la propriété privée. La gauche actuelle martèle le nom de la République, les valeurs démocratiques ou l’idée de justice sociale, pour ne jamais parler clairement de la liberté.

Le camp conservateur, de son côté, a pour principale activité d’agiter les « dérives » potentielles que pourraient entraîner l’octroi de telle ou telle liberté. S’adressant à un public soucieux d’assurer l’ordre et la grandeur civilisationnelle, les conservateurs prétendent sournoisement que trop de liberté engendrera l’anarchie et la chienlit, présentant leur lutte contre la liberté comme un moindre mal face à l’effondrement.

Les conservateurs haïssent tout particulièrement la liberté sexuelle, les divertissements populaires et les droits des femmes. Ils ne défendent la liberté d’expression que par dépit de ne plus être aux commandes de la censure. Bien qu’ils se prétendent parfois libéraux, toutes leurs préoccupations tournent autour de la conservation et de la restauration d’interdictions passées, quand ils ne fantasment pas carrément sur des systèmes autoritaires et des monarchies de droit divin.

La Liberté est l’essence même de l’Occident. Pourtant, aucun des grands mouvements visibles sur la scène politique ne veut s’en revendiquer.

Sans liberté, il n’y a pas de progrès, parce que l’asservi ne voit aucun intérêt à repousser les frontières d’un empire où il n’est qu’un dominé. L’esclave n’a que faire de la conquête des étoiles, tout comme il n’a que faire de la robotisation, si on ne lui fait pas entrevoir la possibilité d’arrêter de travailler lui-même comme un robot. Le progrès n’a d’intérêt qu’en ce qu’il repousse le champ des possibles et émancipe l’homme des contraintes qui l’entravent.

La liberté doit être le référentiel de tous les débats politiques. Toute nouvelle loi, tout nouveau dispositif doit être soumis à l’examen libéral, c’est-à-dire déterminer s’il accroît ou non nos libertés.

Le combat pour la liberté a pour seul paradoxe que la sécurité, c’est-à-dire la liberté de conserver son intégrité physique en évitant d’être blessé ou tué, nécessite souvent le sacrifice d’un peu de liberté. La citation exacte de Benjamin Franklin, avant d’être déformée, était la suivante : « Ceux qui sont prêts à renoncer à la liberté essentielle pour obtenir un peu de sécurité temporaire, ne méritent ni la liberté ni la sécurité. »

Il en résulte que la liberté ne peut être limitée que dans la mesure où elle permet une liberté plus importante et plus durable. On ne peut restreindre de libertés que pour permettre une liberté plus grande encore. Toute liberté sacrifiée doit être inférieure à la liberté acquise.

Les constitutions libérales des pays d’Occident garantissent nos droits face aux pouvoirs publics, mais un péril nouveau pèse sur nos libertés : la sous-traitance liberticide. Quand les politiciens liberticides ne parviennent pas à limiter nos libertés par les voies légales traditionnelles, ils utilisent des organes privés. Ainsi, la liberté d’expression est complètement bafouée par les réseaux sociaux, qui se sont imposés en quelques années comme le principal moyen d’expression. Ces organes privés se substituent à la justice des États pour mettre en œuvre l’interdiction des pensées non-orthodoxes, avec la collaboration discrète des politiciens liberticides et des associations subventionnées par le pouvoir.

Aucun média n’a de puissance comparable aux géants privés des réseaux sociaux, qui contrôlent la liberté d’expression comme les cartels des années 30 contrôlaient l’économie.

Les réseaux sociaux sont aujourd’hui incontournables, et leur impact sur l’opinion publique et le résultat des élections a largement dépassé celui de la télévision et des journaux.

Les réseaux sociaux ont créé une gigantesque agora numérique mondiale qui offre à la parole publique une portée sans précédent. Puis, une fois ces plateformes devenues incontournables, ils ont pris en otage la liberté d’expression en décidant qui avait le droit à la parole, et qui ne l’avait pas. Cet arbitraire n’a aucune base légale, aucun fondement juridique, et condamne au silence des centaines de milliers de personnes dans le monde qui pourtant n’enfreignent aucune des lois des pays d’où ils s’expriment.

Cet autodafé numérique relève d’une procédure extra-judiciaire de sous-traitance de la guerre contre la liberté d’expression. Les politiciens liberticides vont jusqu’à réclamer officiellement aux réseaux sociaux la mise en œuvre d’une censure plus stricte pour des propos qui n’ont rien d’illégal, jusqu’à la censure de groupes politiques officiels. Pour montrer qu’ils sont au dessus des lois des États, les géants des réseaux sociaux ont même menacé de suspendre les comptes du président des États-Unis d’Amérique. Ils ont commencé par les gens les plus indéfendables et s’attaquent maintenant à qui bon leur semble, y compris des personnes élues démocratiquement. Ce monopole supra-étatique doit nous faire comprendre que la liberté n’est jamais un acquis définitif.

Les menaces qui pèsent sur la liberté se renouvellent sans cesse, prenant à chaque fois un nouveau visage, une nouvelle méthode, de nouveaux terrains. C’est pourquoi la défense de la liberté requiert un travail de veille sans relâche, et une perpétuelle mise à jour. Il ne suffit pas de scander son nom : toutes nos forces politiques doivent être mobilisées pour la défendre et la garantir.

La liberté est notre valeur suprême.